Malakoff Médéric s’invente un nouveau modèle

le 09/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Le groupe de protection sociale s’ouvre au monde mutualiste et fait évoluer ses activités.

Malakoff Médéric s’invente un nouveau modèle
Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric depuis la création du groupe en juillet 2008.
(Jean Chiscano)

Depuis le 2 avril, La Banque Postale distribue les contrats collectifs de La Banque Postale Assurance Santé, sa filiale à 51 % aux côtés de La Mutuelle Générale (LMG, à 35 %) et Malakoff Médéric (à 14 %). Elle se positionne ainsi pour la généralisation des complémentaires en entreprise, dans le cadre de l’ANI (accord national interprofessionnel), le 1er janvier 2016. Désormais, un conseiller de La Banque Postale (LBP) peut orienter les entreprises de moins de 50 salariés soit vers une plate-forme téléphonique, soit vers 80 conseillers spécialisés formés par Malakoff Médéric. Pour le groupe de protection sociale, c’est une étape clé. « Nous avons abouti exactement au projet de départ, se félicite Guillaume Sarkozy, son délégué général. Nous renforçons considérablement notre capacité de distribution avec cet accord conclu pour 15 ans. Malakoff Médéric et La Mutuelle Générale vont aussi réassurer environ 50 % du portefeuille de La Banque Postale Assurance Santé. » Le groupe de protection sociale et LMG vont aussi fonder ensemble une Société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam, lire l’entretien). « Le rapprochement doit être voté par les assemblées générales : celle de LMG début juin et les nôtres qui se terminent le 30 juin, rappelle Guillaume Sarkozy. Sans oublier l’instance de coordination Agirc-Arrco, le CTIP et l’ACPR. Nous pourrons alors donner naissance à la première Sgam en conformité avec Solvabilité 2 pour le 1er janvier 2016, mais nous attendons encore les ordonnances et décrets d’application. »

Alliances

Le rapprochement opérationnel est ainsi prévu pour l’an prochain avec une promesse : « Pas de plan social et respect des bassins d’emplois, certifie le dirigeant. Gains de productivité et pyramide des âges sont des leviers suffisants pour un groupe qui a les fonds propres adéquats. Nous l’avons expérimenté avec la fusion de Malakoff et de Médéric : entre 2008 et 2012, les effectifs ont naturellement baissé de 2 % par an tandis que les gains de productivité s’élevaient à 7 %. »

Après l’échec d’un projet d’union avec Réunica et d’un partenariat avec CNP Assurances, Malakoff Médéric enregistre cette fois une belle victoire. Et reste ouvert, sans rancune. « Nous n’excluons pas de traiter avec CNP Assurances, lâche Guillaume Sarkozy. Il existe probablement des opportunités et des complémentarités, mais aucune discussion n’est engagée et rien n’est au calendrier. » Et d’ajouter : « Notre accord avec LMG nous donne une ouverture sur le monde mutualiste. D’autres rapprochements sont possibles. Mais finalisons déjà celui en cours. » Le fait est que les acteurs de l’assurance santé doivent composer avec une nouvelle donne : celle de la généralisation des couvertures d’entreprises, mais aussi l’évolution des contrats responsables (lire l’encadré). Chez Malakoff Médéric, cette dernière « touche 95 % de (ses) contrats, précise son dirigeant. Quant à l’interdiction des clauses de désignation, nous nous sommes adaptés grâce à nos réseaux de distribution, direct et intermédié. Nous avons été recommandés ou labellisés pour 13 accords de branche (11 pour la santé, 2 pour la prévoyance, dont celle de la chimie, la CCN 66…) : nos forces commerciales vont maintenant devoir se battre pour convaincre les entreprises ». Le groupe est en mouvement. Pour son avenir, Guillaume Sarkozy doit répondre à trois points essentiels : « Avons-nous atteint une taille critique en assurance santé-prévoyance pour financer notre transformation ? Le marché a besoin d’acteurs plus importants et de réseaux de soins plus puissants qu’aujourd’hui. Quelle taille devons-nous atteindre pour investir dans la prévention ? Quelles relations établir avec l’offre de soins : hôpitaux, cliniques, opticiens, etc. ? »

S’il préfère ne pas dessiner le profil type du groupe au terme de sa mutation, le délégué général de Malakoff Médéric ne manque pas d’ambition : « Nous sommes en train d’inventer un nouveau modèle pour développer l’assurance santé dans les entreprises et offrir aux salariés les meilleurs soins aux meilleurs tarifs », déclare-t-il. Attaché aux notions de services et de valeur ajoutée, il annonce vouloir « lancer avant l’été une nouvelle offre qui va représenter une innovation majeure dans la relation entre l’assureur et les entreprises ». Il faut dire qu’une conjonction de facteurs pèse sur la rentabilité du marché. « En assurance santé collective, la concurrence va encore peser sur les marges. Or, cette activité, contrairement à l’assurance individuelle, est déficitaire, souligne Guillaume Sarkozy. En prévoyance, si l’âge du départ à la retraite était repoussé, le risque augmenterait. Le cas échéant, il faudrait passer de nouvelles provisions. Lors de la réforme Fillon de 2010, qui l’a porté de 60 à 62 ans, nous avons provisionné 350 millions d’euros pour 1,5 milliard de chiffre d’affaires. S’y ajoutent l’allongement de la durée des arrêts de travail et la baisse des taux d’intérêt, augmentant aussi nos risques. » Le contexte n’est guère porteur alors que Solvabilité 2 doit se mettre en place. « Notre ratio de solvabilité s’élève à 250 % calculé en méthode standard Solvabilité 2. Si les taux restent au niveau actuel de 0,50 %, en 2017, il perdra probablement 50 à 60 points de base, détaille Guillaume Sarkozy. Nous avons toutefois un modèle équilibré entre l’épargne retraite (290 millions d’euros de chiffre d’affaires), que nous ne cherchons pas à développer dans le contexte actuel de taux bas, et les activités santé et prévoyance, qui représentent plus de 90 % de notre chiffre d’affaires total (3,5 milliards d’euros dont 85 % auprès des entreprises). »

Gestion d’actifs

Malakoff Médéric doit donc simplifier et rationaliser ses activités, voire ses structures. C’est le cas en gestion d’actifs. Malgré ses performances, « les fonds gérés sont plutôt en décroissance, notamment avec le retrait des fonds de l’Agirc, explique Guillaume Sarkozy. La question de la taille critique de cette activité se posait donc. Nous allons céder nos titres de Fédéris Gestion d’Actifs (49 salariés) à LBP Asset Management et rentrerons à hauteur de 5 % dans son capital avec un siège au conseil d’administration. Nous en avions acté le principe le 2 février. Nous restons en attente de l’autorisation des autorités (AMF et ACPR). Nous soumettrons aussi ce projet, comme tout schéma de rapprochement, à l’instance de coordination Agirc-Arrco-CTIP, dans le respect des règles paritaires, ainsi qu’aux personnels concernés. » Les activités concurrentielles (assurances de personnes) ne sont pas les seules à devoir s’adapter. « Malakoff Médéric est délégataire d’intérêt général : nous gérons près de 20 % des cotisations des retraites complémentaires Agirc et Arrco, rappelle Guillaume Sarkozy. Sur cet autre métier du groupe, les partenaires sociaux ont décidé un plan ambitieux d’économies de 300 millions d’euros qui sera mis en œuvre par les groupes de protection sociale. » Tout converge pour amender l’organisation actuelle, appuyée sur deux types d’institutions et une structure opérationnelle qui emploie 5.000 collaborateurs, mais rien n’est divulgué à cette heure.

15 ans de partenariats assurés
En prévoyance, si l’âge du départ à la retraite était repoussé, le risque augmenterait
Contrats responsables ou médecine à deux vitesses

La Fédération française des sociétés d’assurances et le Centre technique des institutions de prévoyance, comme la Mutualité Française, ont regretté l’an dernier les choix du gouvernement visant à diminuer les prix et à plafonner la prise en charge des frais de santé – honoraires des médecins, dépenses optiques, etc. – dans les nouveaux contrats « responsables ». Or, ces derniers s’imposent depuis le 1er avril, à chaque renouvellement (sauf pour les mutuelles du Code de la Mutualité qui ont jusqu’au 1er janvier prochain pour adapter leurs contrats). Bien sûr, les assureurs ont adapté leurs offres. Est-ce le début d’une médecine « à deux vitesses » ? « Les salariés estimant n’être pas assez remboursés par leur contrat ‘responsable’ pourront souscrire à une surcomplémentaire, souligne Christophe Triquet, directeur général du site LeComparateurAssurance.com. La question est de savoir combien de salariés, pour la plupart des cadres, souscriraient à des surcomplémentaires non responsables et quel serait l’impact de cette faille dans la prise de décision des professionnels de santé visés de baisser ou non leurs tarifs. » En tout cas, cette réforme n’aidera pas les patients à comprendre ce qui leur est remboursé, pourquoi et comment.

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