Un homme, une équipe

Jérôme Traisnel met le prélèvement Sepa à la portée de tous

le 24/07/2014 L'AGEFI Hebdo

A la tête de SlimPay, ce multi-entrepreneur propose aux banques et aux entreprises de transformer le prélèvement Sepa en opportunité commerciale.

Jérôme Traisnel met le prélèvement Sepa à la portée de tous
De gauche à droite : Jérémy Altman, directeur commercial, Dominique Brunel, responsable du contrôle interne et de la conformité, Jérôme Traisnel, co-fondateur et directeur général, Jean-Louis Hoenen, co-fondateur et directeur technique
(Pierre Chiquelin)

Le Sepa, c’est de l’innovation, et l’innovation est le moteur de Jérôme Traisnel. Cet entrepreneur récidiviste, ingénieur de formation, s’est forgé une compétence particulière qui lui permet d’identifier les bonnes idées, de les faire éclore en une activité qu’il parvient à développer jusqu’à la rentabilité. Ce savoir-faire, il l’exerce en tant qu’investisseur dans Isai, le fonds des entrepreneurs du Net, dirigé par Jean-David Chamboredon, mais aussi en tant que conseiller opérationnel auprès des jeunes pousses hébergées au sein de l’incubateur de Télécom Sud Paris, école d’ingénieurs, ou encore en tant que professeur d’entrepreneuriat à l’Institut Télécom.

« Pour innover, il faut identifier les points disruptifs qui sont porteurs d’opportunités, explique Jérôme Traisnel. Cela peut venir des usages, comme l’iPhone a été à l’origine d’un écosystème mobile, ou de la réglementation, à l’instar du Sepa (‘single euro payments area’) ou d’Horizon 2020, le programme européen pour la recherche et l’innovation, en particulier dans le numérique. » Du croisement de ces deux transformations européennes, Jérôme Traisnel et Jean-Louis Hoenen ont créé SlimPay, société fondée en 2009 pour réaliser des prélèvements Sepa et aider les entreprises à s’y adapter. Et pour en tirer le meilleur parti, SlimPay les accompagne aussi pour mettre au point la souscription en ligne.

En clair, le prélèvement Sepa ou SDD (sepa direct debit) transfère aux entreprises et aux marchands la responsabilité de recueillir auprès de leurs clients un mandat les autorisant à  prélever leur compte bancaire. Charge à eux de transmettre ensuite à leur banque un fichier regroupant les éléments du mandat permettant d’identifier le payeur et son compte bancaire, mais aussi les coordonnées du prélèvement (montant, prélèvement first, one off ou récurrent…) dans un format nouveau qui a mis du temps avant d’être standardisé. La solution de SlimPay leur simplifie considérablement le travail. Elle permet de gérer soit uniquement les mandats dématérialisés et leur signature électronique, soit les mandats et les flux financiers de prélèvements, mais aussi d’obtenir des reportings (notamment sur les rejets et leurs causes), ou de proposer une alternative au recouvrement et de gérer la fraude…

Agilité technique

L’outil informatique a été totalement développé en interne, sous la responsabilité de Jean-Louis Hoenen, directeur technique. « C’est ce qui nous assure maîtrise et agilité, souligne-t-il. Tout notre ‘back-office’ bancaire est administré par nous, il est accessible à nos clients qui peuvent ainsi suivre l’activité au plus près. C’est grâce à ce fonctionnement que nous avons très rapidement été capables d’offrir des services à valeur ajoutée comme par exemple des outils d’analyse statistique des codes rejet. » Parmi les fonctionnalités qui font de SlimPay une offre différente, le pré-recouvrement permet de proposer au débiteur de changer de moyen de paiement en cas de rejet, l’échéancier offre au marchand une vision précise des sommes qu’il encaissera sur les douze prochains mois. Un module de scoring a également été mis en place pour lutter contre la fraude et la signature électronique de mandat en mode déconnecté permet d’améliorer la souscription en mobilité.

Au-delà de son agilité technique, SlimPay est aussi un établissement de paiement agréé par l’ACPR (Autorité

de contrôle prudentiel et de résolution) et soumis à une réglementation aussi complexe que celle des banques. C’est pourquoi l’entreprise s’est dotée d’une responsable contrôle interne et conformité, Dominique Brunel, qui apporte son expérience de plus de quinze ans dans le contrôle bancaire. « L’avantage de mettre en place le contrôle interne dans une entreprise toute neuve, c’est qu’il est possible de créer des outils très rapidement, explique-t-elle. Par exemple, j’ai pu créer une base de tous les dysfonctionnements constatés dans le système informatique, répertorier le processus défaillant, l’impact de l’incident, la nécessité de contacter le client et les actions immédiates à réaliser. Chaque semaine, un comité de risques passe en revue tous les incidents nouveaux et suit tous les processus de l’entreprise. Cela nous permet de cerner les risques et de bien les maîtriser. » Un gage de sérieux pour le superviseur comme pour les clients.

De grands marchands comme EDF, Nespresso ou Price Minister, mais aussi de plus petits, ont vite vu l’intérêt de Slimpay. Après un démarrage en douceur, l’activité s’est accrue au fur et à mesure que l’échéance de bascule au Sepa (end-date) approchait. Slimpay affiche désormais plus d’un milliard d’euros de prélèvements traités au premier semestre 2014, soit 300 % de plus que l’année dernière. L’entreprise est d’ailleurs rentable depuis deux semestres. « Aujourd’hui, la migration au Sepa est derrière nous, estime Jérôme Traisnel, nous allons démocratiser un nouvel outil de paiement en ligne autre que la carte bancaire, facile à utiliser, pas cher et ne générant pas de rupture dans le temps au contraire de la carte bancaire lors de son renouvellement. Le prélèvement Sepa convient bien à tous les paiements par abonnement : journaux, clubs de sport, associations, énergie… et de nombreux marchands n’ont pas encore de solution de paiement en ligne. »

Franchir les frontières

Justement, la démarche commerciale est très structurée : d’une part, elle s’organise par marchés (utilities, associations, clubs sportifs, produits vendus par abonnement, vente de contenus), et d’autre part, elle s’adresse à de grands partenaires comme les banques ou les prestataires de services de paiement, Payline, Ingenico Payment Services (ex-Ogone), notamment. Mais après quatre années consacrées à son installation dans l’Hexagone, SlimPay se voit franchir les frontières. « Nous entrons dans une phase de développement européen, annonce Jérémy Altman, directeur commercial à la tête d’une équipe de six personnes. Nous accompagnons déjà plusieurs de nos grands clients comme Yves Rocher ou Essilor à l’international, et nous réalisons des prélèvements dans 24 pays, avec 531 banques, mais nous souhaitons également créer des bureaux locaux en priorité en Belgique, en Allemagne et en Espagne. » SlimPay a prouvé la robustesse de sa solution, il lui reste à convaincre quelques grands comptes européens pour enclencher son expansion internationale. 

Son parcours

Jérôme Traisnel, président et co-fondateur de Slimpay, diplômé de l’INPG/Ensieg, Institut national polytechnique de Grenoble, et titulaire d’un master en marketing de l’Essec.

1989 : Texas Instruments, ingénieur des ventes.

1992 : Gemalto, chef de produit, directeur marketing et développement cartes à puce, directeur général pour l’Europe du Sud et directeur des ventes pour l’Europe.

1999 : président co-fondateur de Freever, application mobile de réseau social.

2009 : président co-fondateur de Slimpay, établissement de paiement spécialisé sur le prélèvement Sepa.

2013 : président de l’Afepame, Association française des établissements de paiement et de monnaie électronique.

Pour innover, il faut identifier les points disruptifs qui sont porteurs d’opportunités, à l’instar du Sepa

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