Feu le monopole bancaire

le 01/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Feu le monopole bancaire

On aura toujours besoin d’opérations bancaires et financières. Mais aura-t-on toujours besoin des banques ? La question peut sembler incongrue ; elle n’en est pas moins des plus sérieuses au vu de la rapidité du développement de la finance alternative (lire notre Dossier page 24). Du shadow banking traditionnel au financement participatif, des placements privés au  microcrédit, le  vocable couvre des initiatives diverses. Mais les rangs des nouveaux acteurs dans la chaîne financière ne cessent de grossir. La monétique traditionnelle elle-même est remise en question. Déjà foire d’empoigne entre les banques, les émetteurs de cartes et les opérateurs télécoms, ces premières voient aujourd’hui surgir les géants de l’Internet, et surtout de nouvelles monnaies, dont la plus célèbre est le bitcoin.

Le pré carré des banques est clairement attaqué. C’est le résultat conjugué de la dégradation de leur image et des progrès de la technologie, que les nouveaux entrants peuvent adopter librement, eux qui ne sont pas encombrés par l’histoire de leurs systèmes. C’est aussi le fruit de leurs insuffisances à satisfaire les besoins de financement des entreprises, et notamment les plus petites d’entre elles, alors que le crédit bancaire s’est réduit sous la pression du renforcement des fonds propres et de la réglementation. A ce sujet, la désintermédiation appelée de leurs vœux par les régulateurs est en cours.

Mais elle ne passe pas, comme prévu, uniquement par le marché : de nouveaux acteurs, de nouveaux circuits, pas toujours régulés, ont pris position dans la brèche. Il faut désormais compter avec eux. Un fait nouveau aussi pour les régulateurs. Or leur tâche est complexe. S’agissant du crowdfunding par exemple, ils doivent trouver le bon équilibre entre protection des investisseurs particuliers, moins informés et moins outillés que les professionnels, et souplesse des financements, au cœur même du système participatif. Les nouvelles formes que prend la finance ne sont d’ailleurs pas l’abri d’un accident. Les mésaventures du bitcoin, pas mortelles pour l’instant, en sont la preuve. Un autre pourrait tout aussi bien surprendre les acteurs du financement participatif.

Pour les banques, l’avenir n’est pas dans des batailles coûteuses – elles ne peuvent qu’être perdues. Il passe par les partenariats : avec les plates-formes alternatives, qui apportent un vrai plus pour les entreprises, notamment les plus petites d’entre elles, mais sont encore loin d’avoir la puissance de feu nécessaire pour se substituer au crédit bancaire ; demain peut-être avec les géants du Net, qui pour s’intéresser aux données clients, ces fameux big data, ne sont pas pour autant prêts à endosser complètement le costume de banquier. Prêter n’est après tout pas si simple ni si rémunérateur. Aux banques de savoir se réinventer, c’est-à-dire innover. Elles ne doivent pas s’y tromper : leur monopole n’est plus assuré.

Les rangs des nouveaux acteurs dans la chaîne financière ne cessent de grossir

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