Finance alternative

Crowdfunding, la quête de crédibilité

le 01/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Le « financement par la foule » pourrait valoriser un potentiel économique inexploité, mais pas sans risques.

Crowdfunding, la quête de crédibilité
La Ruche qui dit oui (vente directe de produits d'agriculteurs) s'est financée grâce au « crowdfunding ».
(Marta Nascimento/REA)

La finance participative n’a pas fini d’innover. Chaque semaine ou presque se lance une nouvelle plate-forme proposant aux internautes de donner, de faire un prêt ou de prendre une participation dans un nouveau projet. Le phénomène trouve un écho grandissant auprès du public. En 2013, 78 millions d’euros ont été collectés : 10 millions en capital, 20 millions en don et 48 millions en prêts. Plus de 32.000 projets ont été financés avec succès, dont 44 % sont des financements d’entreprises. Dans le monde, le crowdfunding aurait atteint les 5 milliards de dollars en 2013, un chiffre qui pourrait être multiplié par quatre à l’horizon 2020, selon des estimations plutôt raisonnables. Signe que le potentiel de croissance est réel, Kickstarter, l’une des grandes plates-formes américaines de dons, qui a réuni un milliard de dollars et permis le financement de 60.000 projets, s’installe aux Pays-Bas.

En France, le développement de la finance participative devrait s’accélérer avec la réforme réglementaire mise en musique par Fleur Pellerin, alors ministre déléguée à l’Economie numérique. Le texte prévoit la possibilité de lever jusqu’à un million d’euros par projet et que chaque investisseur puisse prêter jusqu’à 1.000 euros par projet. Un nouveau statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP) est créé sans niveau minimal de fonds propres pour les plates-formes de prêt rémunéré ainsi qu’un statut de conseiller en investissement participatif (CIP) pour les plates-formes de prise de participation. De quoi aider les acteurs à se structurer. François Carbone, président de Finance Participative France, estime que le crowdfunding pourrait collecter 150 millions d’euros en 2014, dont 15 millions pour le crowdequity. Encore faut-il attendre la publication des décrets d’application attendus au plus tard pour le 1er juillet.

Pour l’heure, les plates-formes existantes s’activent. Dans le domaine du prêt, la plus importante reste Prêt d’Union (établissement de crédit agréé) qui pratique le prêt rémunéré entre particuliers (peer to peer lending). Elle a octroyé 45 millions d’euros de crédits en 2013 et vise les 100 millions en 2014. Mais cette activité n’est pas à proprement parler une alternative aux financements bancaires, dans la mesure où les emprunteurs ne sont pas des exclus de la banque. En revanche, ils bénéficient d’un taux plus avantageux que ceux des banques, tandis que les prêteurs-investisseurs trouvent là un placement plus rémunérateur que d’autres. Mais le vrai potentiel de croissance est dans le prêt aux entreprises qui, justement, ont des difficultés à se financer auprès des banques. Même si Friendsclear a fermé l’année dernière après avoir financé plus d’une vingtaine de projets, le concept est porteur.

Unilend s’est lancé fin 2013 et a déjà financé une quinzaine de PME pour environ un million d’euros, grâce à 1.100 prêteurs qui fixent eux-mêmes leur taux de rémunération, en général entre 7 % et 9 %. Là encore, les emprunteurs sont triés sur le volet, les entreprises doivent avoir trois ans d’existence et viennent sur Unilend non pas par défaut, mais plutôt pour diversifier leurs sources de financement et accéder à l’argent plus rapidement et sans garanties. Nicolas Guillaume et Frédéric Baud (ex-Friendsclear) préparent le lancement de PrêtPME. Ils attendent la parution des décrets pour demander leur agrément d’intermédiaire en financement participatif et prévoient de démarrer leur activité en septembre 2014. Cette plate-forme sera également dédiée aux entreprises ayant au moins deux exercices comptables clos et permettra de lever de 30.000 à 300.000 euros, « le cœur du marché », selon Nicolas Guillaume. Jean-Christophe Capelli, ancien créateur de Friendsclear également, a choisi de fonder La Caisse Nationale de Financement Participatif, qui a pour ambition d’aider les entreprises à se financer en don, en prêt ou en capital pour des sommes allant de 25.000 à 1 million d’euros. Elle demandera d’abord un agrément d’IFP à la parution des décrets. Autre modèle qui s’apparente à du prêt, celui de Lumo, une plate-forme de financement des projets d’énergies renouvelables qui fonctionne en coordination avec les banques. Une fois le financement bancaire réuni, les promoteurs de projets peuvent proposer aux particuliers habitant à proximité d’acheter jusqu’à 25 % du crédit sur quinze ans durant lesquels ils toucheront une rémunération à taux fixe, une obligation en quelque sorte. Plus que l’argent, c’est la popularité que viennent chercher les porteurs de projet. En offrant aux riverains de participer à un projet sûr et rémunérateur, ils espèrent améliorer l’image des énergies renouvelables (éoliennes entre autres) et les rendre plus acceptables.

Compte tenu des critères de sélection des dossiers d’entreprise, il est clair que ces plates-formes se veulent prudentes pour éviter aux futurs investisseurs des déconvenues, ce qui aurait sûrement un impact négatif sur le développement de la finance participative. Néanmoins, le risque devra être explicité auprès des investisseurs. Ce qui ne sera pas forcément dissuasif puisque beaucoup d’internautes ont déjà apporté de l’argent lors de campagnes de collecte sous forme de dons, avec ou sans contrepartie. Des commerces en faillite ont bénéficié de l’épargne de leurs clients lorsque le personnel a choisi de monter un projet de reprise sous forme de Scop (société coopérative ouvrière de production) à l’image de la librairie Les Volcans de Clermont-Ferrand, qui a réuni plus de 45.000 euros, soit deux fois plus qu’espéré, grâce à 779 contributeurs via la plate-forme de don Ulule. Intérêt personnel, proximité, volonté de s’impliquer dans le tissu local sont autant de motivations qui soutiennent la finance participative.

L'« equity » aussi

Quant aux plates-formes d’equity, elles sont déjà nombreuses avec des modèles variés. Wiseed, Anaxago, La Finance Utile, etc. ont validé l’intérêt des particuliers pour l’investissement en capital. Les montages sont souvent assez complexes pour permettre aux investisseurs d’être représentés au conseil d’administration des entreprises sans déployer des moyens démesurés. Des plates-formes thématiques se développent en parallèle, à l’image de Spear qui finance exclusivement des entreprises solidaires. « Les montants collectés par projet vont croissant, indique Nicolas Dabbaghian, fondateur de Spear. Nous avons commencé à 20.000 euros et nous en sommes à des projets de plusieurs centaines de milliers d’euros, avec par exemple une chaîne de montage de voitures électriques. Certaines entreprises financées il y a deux ans reviennent avec de nouveaux projets, preuve que la finance participative constitue un vrai mode de financement alternatif. » Même si des partenariats avec des banques ont été nécessaires pour sécuriser le montage, influant par là même sur la sélection des dossiers.

Autre modèle, celui d’Afexios, dont le but est « d’aider les petites entreprises au démarrage et ainsi démocratiser l’accès au capital », comme l’explique Antoine Fournier, co-fondateur. La particularité d’Afexios est de proposer un processus de levée de fonds totalement dématérialisé, avec des outils d’aide à la communication, pour que les chefs d’entreprise puissent mobiliser leurs propres réseaux tout en travaillant avec leurs partenaires habituels (experts-comptables, avocats…). Afexios, en revanche, ne gère pas les fonds.

L’histoire de la finance participative ne fait que commencer. Mais tous ceux qui y participent croient à sa pérennité, même si le cadre réglementaire et les modèles économiques ont vocation à évoluer. Quant à son ampleur, il est difficile de l’anticiper. L’intérêt des banques pour ces nouveaux acteurs, et les partenariats que certaines ont noués avec des plates-formes, montrent que le phénomène touche à quelque chose de fondamental. Comme si financer l’économie était désormais l’affaire de tous.

L'américain Kickstarter a réuni un milliard de dollars et permis le financement de 60.000 projets

Sur le même sujet

A lire aussi