Crédit Foncier veut grandir sans grossir

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

La filiale de BPCE suit son plan mais est encore pénalisée par son passé.

Crédit Foncier veut grandir sans grossir
Le siège de Crédit Foncier à Charenton (94).
(DR)

L’heure n’est plus aux mouvements de grève mais, comme en 2011, le Crédit Foncier devrait de nouveau afficher des pertes en fin d’année. Epurer la situation après un développement inconsidéré, à l’international notamment, est un travail de longue haleine. Néanmoins, Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier, ne dévie pas de la ligne qu’il s’était fixée pour son plan 2012-2017. « Nos travaux conduisent à cinq grands axes, dont la baisse de la taille du bilan et la gestion extinctive des actifs internationaux, rappelle-t-il. Au gré des cessions, le stock de 34 milliards d’euros d’actifs internationaux à fin 2011 est passé à 11 milliards en 2014. Les moins-values nous ont coûté 465 millions d’euros au total. » Une bonne partie a en fait été cédé à la maison mère : « BPCE porte environ 12 milliards d’euros depuis septembre 2014 », précise le dirigeant. Outre des créances publiques, parmi lesquelles une cession de 1 à 2 milliards d’euros est envisageable d’ici à la fin de l’année, il restait jusqu’en juin des risques de crédit en portefeuille, dont l’un s’est matérialisé : « Mi-juin, nous avons vendu l’intégralité de nos créances sur la ‘bad bank’ autrichienne Heta Asset Resolution à 64,5 % de leur valeur nominale de 260 millions d’euros. Nous avons ainsi pu reprendre 29 % de nos provisions : nous avions déprécié de 50 % le portefeuille au premier trimestre 2015 », détaille Bruno Deletré. Cessions, moins-values, pertes : le processus est inéluctable.

Dans le même temps, le Crédit Foncier poursuit son développement en France. Prêts immobiliers aux particuliers, aux collectivités et aux investisseurs, ainsi que services : « Nous nous sommes recentrés sur nos activités cœur, au service de nos clients et de ceux du groupe BPCE », annonce Bruno Deletré comme autre axe de son plan stratégique. En crédits aux particuliers, 2014 était un peu en retrait par rapport à 2013 du fait du contexte de marché, mais « 2015 sera une très bonne année en volumes : supérieure à 7 milliards, peut-être plus de 7,5 milliards d’euros de production  », se félicite le directeur général. Au premier semestre, la production sur le financement des particuliers s’élève à 4 milliards d’euros (83 % du total). Cette fois, le marché est porteur et « depuis la réforme du 1er octobre 2014 des prêts à taux zéro (PTZ) et à l’accession à la propriété (PAS), le redémarrage s’est confirmé : à fin 2014, nous bénéficions de 25 % de part de marché pour le premier et 43 % pour le second, ce qui nous confère une position de leadership sur ces deux segments. » Le bas niveau des taux d’intérêt constitue une aubaine pour cet établissement spécialisé : « Le coût de la ressource est tel que nous enregistrons une amélioration historique de nos marges », se réjouit Bruno Deletré, la baisse des taux n’étant pas totalement répercutée aux clients.

Des choix commerciaux

L’axe essentiel réside dans le changement de business model. « L’objectif est de développer notre activité commerciale sans gonfler le bilan », insiste Bruno Deletré. Cela passe par des choix commerciaux. Ainsi, le marché du crédit aux investisseurs « est très concurrentiel, remarque le dirigeant. Nous sommes actifs mais cherchons plutôt à préserver nos marges qu’à gagner des parts de marché ». Le refinancement d’une partie de la production de crédits s’avère d’ailleurs un bien meilleur levier, soit en syndication, avec des investisseurs internes ou externes au groupe, soit en titrisation. Outre des opérations privées réalisées dès 2011, notamment auprès d’assureurs, le Crédit Foncier se distingue par deux opérations de titrisations déconsolidantes salvatrices pour un établissement qui ne dispose pas de dépôts. La seconde, de 1,4 milliard d’euros, a été bouclée dans la semaine du 20 juillet (lire l’encadré).

« La titrisation a aussi fait de la place sur notre bilan et la Société de Crédit Foncier (SCF) a pu refinancer 5 milliards d’euros venus des Caisses d’Epargne et Banques Populaires », souligne Bruno Deletré. Ainsi, 23 milliards sur un total de 88 milliards d’euros d’actifs à la SCF sont liés au groupe. Prévues par le plan de BPCE en 2011, les synergies au sein du groupe doivent aussi soutenir l’évolution de modèle du Crédit Foncier. Si la croissance des actifs émis par les réseaux dans les encours de ce dernier reste liée aux équilibres crédits/dépôts de chacun, la collaboration commerciale avec les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne s’est intensifiée.

« La part dans notre production n’est pas encore significative, mais la banque de détail du groupe nous adressant des clients qui veulent emprunter sur plus de 20 ou 25 ans est devenue notre deuxième apporteur d’affaires en volumes l’an dernier et pourrait peut-être devenir le premier en 2015 », confie Bruno Deletré. Le Crédit Foncier travaille aussi avec les Caisses d’Epargne pour le financement des projets du secteur public territorial, mais la demande de ce dernier est réduite, comme dans le domaine du logement social. Intervenant du conseil à la commercialisation, Foncier Immobilier (CFI), numéro un de l’expertise, est davantage une valeur sûre. CFI tend à développer des synergies avec les réseaux pour l’immobilier d’exploitation (agences, etc.), mais aussi pour leurs clients finaux, notamment entreprises. Enfin, les synergies peuvent porter sur la commercialisation de biens immobiliers et les activités de la Socfim, filiale de promotion du Crédit Foncier.

Migration en novembre

Le travail sur les coûts de ces dernières années devrait aussi produire son plein effet l’an prochain. « Mi-novembre, nous aurons migré notre informatique sur la plate-forme des Caisses d’Epargne, annonce Bruno Deletré. Ce projet aura pris trois ans. Pour un coût brut de 100 millions d’euros, nous bénéficierons d’économies importantes à compter de 2016. Notre budget informatique annuel va passer de 80 millions d’euros à 45 millions, soit une réduction de près de 45 %. » En 2011, Crédit Foncier s’était fixé l’objectif de 40 millions d’économies dès l’année suivante, puis 810 millions supplémentaires et récurrents à compter de la fin du prochain exercice. La mutualisation informatique était un des trois leviers, activé en même temps que la réduction des effectifs. « Nous avons proposé une gestion prévisionnelle des départs à la retraite à tous les salariés concernés en âge entre 2012 et 2016, rappelle le dirigeant. Il n’y a pas eu de plan social : 90 % des personnes éligibles se sont déclarées intéressées par la majoration de prime de départ ou le rachat de trimestres que nous proposions. Cela nous laisse de la souplesse pour réguler les embauches. » A terme, les effectifs auront été réduits de 350 postes équivalent plein temps, soit 14,5 % des effectifs (hors informatique). Un troisième axe d’économies provient de l’immobilier, représentant une baisse de 13 millions d’euros entre 2011 et 2016, avec des surfaces réduites en rapport avec les effectifs, mais aussi une renégociation du bail pour le siège de Charenton qui a abouti à une baisse de 25 % du loyer ! « Tout cela nous a permis de réduire nos frais qui sont passés de 625 millions d’euros en 2011 à 547 millions en 2014. Et nous nous fixons 522 millions pour 2017, soit une économie de plus de 16 %, détaille Bruno Deletré. Nous visons un coefficient d’exploitation proche de 60 %. » Celui-ci était de 66 % hors exceptionnels au premier semestre de cette année, contre 73,6 % un an auparavant.

Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier.
ZOOM
Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier.
(DR)
+167 %pour les synergies avec le groupe BPCE sur le financement des particuliers entre les premiers semestres 2014 et 2015
Titrisation de crédits immobiliers, un intérêt partagé

Diversifier ses sources de refinancement est un des volets du plan 2012-2017 du Crédit Foncier. Après la réussite, en mai 2014, de sa première titrisation déconsolidante depuis les années 90, CFHL 1 (Crédit Foncier Home Loans, NDLR), « nous avons réalisé une seconde titrisation publique, elle aussi déconsolidante (CFHL 2), en juillet, explique Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier, dans le cadre de notre plan de financement annuel. Nous y avions travaillé dès le début 2015 ». Son montant s’est élevé à 1,4 milliard d’euros représentant un portefeuille de 13.500 prêts. « En dépit de conditions de marché compliquées, cette opération a suscité une forte demande des investisseurs, à la recherche de rendement. Le ‘spread’ de la tranche AAA à trois ans est ressorti à 30 points de base contre 37 points de base pour celle de CFHL1 », souligne le patron. Le coût de cette opération, qui n’a pas d’impact sur les comptes de l’établissement au 30 juin, s’est ainsi inscrit en baisse par rapport à la première.

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