Co-op Bank doit restaurer sa réputation

le 01/05/2014 L'AGEFI Hebdo

En cent cinquante ans d’histoire, la banque n’a jamais connu pire situation. Sa restructuration dépend aussi de ses actionnaires.

Co-op Bank doit restaurer sa réputation
Agence de la banque à Altrincham, au Royaume-Uni.
(Bloomberg)

Les résultats annoncés aujourd’hui reflètent la magnitude des problèmes qui sont apparus depuis que j’ai rejoint le groupe il y a dix mois. » Niall Booker, directeur général de la banque mutualiste Co-op, ne pouvait guère trouver meilleure formule pour qualifier l’étendue des dégâts subis par son établissement.

Le 11 avril, Co-op Bank a en effet annoncé une perte nette de 1,3 milliard de livres (1,56 milliard d’euros), réduite cependant à 586 millions de livres suite à son plan de recapitalisation. Cette perte inclut non seulement des créances douteuses de 516 millions de livres, mais aussi des coûts relatifs à de mauvaises pratiques de ventes, comme celles  des assurances emprunteurs. Inattendus, ces coûts additionnels, ajoutés à ceux de la complexité d’une séparation de Co-op Bank du groupe Co-op,  ont provoqué  un nouvel appel de fonds à hauteur de 400 millions de livres de la part de la banque, trois mois seulement après avoir été sauvée in extremis par ses créanciers obligataires au cours d’un exercice de recapitalisation à hauteur de 1,2 milliard de livres. Au vu de cette perte, l’établissement financier a décidé de ne pas verser 5 millions de livres de bonus dus à ses anciens dirigeants démissionnaires.

Fin des activités non centrales

La publication de ces résultats annuels désastreux, qui ont lourdement pesé sur le groupe Co-op, son actionnaire à 30 %, vient mettre un point final à une année noire pour l’établissement mutualiste. En 2013, l’autorité de supervision prudentielle britannique, la PRA, avait identifié un trou de 1,5 milliard de livres que la banque n’a pu combler qu’en cédant 70 % de son capital à ses créanciers obligataires, menés par les fonds alternatifs Silver Point et Aurelius Capital Management en échange d’un afflux de 1,2 milliard de livres. Le groupe Co-op, qui a perdu 2,5 milliards de livres en 2013, s’est engagé de son côté à apporter 333 millions de livres d’ici à la fin de cette année en différentes tranches.

Afin de restaurer son bilan, la banque a également décidé de simplifier ses opérations. Exit donc ses opérations internationales non centrales, à l’image de ses activités à Guernesey et sur l’île de Man qui ont été fermées. La banque, qui a débuté des négociations en vue de céder sa participation dans Unity Trust Bank, va aussi continuer à réduire son réseau d’agences en 2014 à hauteur de 15 %, après la fermeture de 51 agences en 2013. A la place, Co-op envisage désormais de se concentrer exclusivement sur sa clientèle de particuliers et de PME au travers d’une organisation plus efficace : « Il est vraiment difficile de dire combien de temps il faudra à Co-op pour se réhabiliter ou du moins revenir à des niveaux normaux de rentabilité, estime Ian Gordon, analyste bancaire au sein d’Investec Securities. Il faudra des années pour réduire le portefeuille d’activités non centrales du groupe, et, en l’état actuel des choses, celles qui sont centrales sont aussi structurellement inefficaces en raison d’un coefficient d’exploitation élevé et d’une faible rentabilité client. »

Tablant sur un retour aux bénéfices en 2016 au plus tôt, la direction générale s’est dite plutôt satisfaite par la réduction du nombre des actifs de ses activités non centrales (amenées à disparaître) à hauteur de 2,1 milliards de livres en 2013 à 12,5 milliards de livres, comparé à un objectif de quelque 11 milliards d’ici à fin 2014. Par ailleurs, la banque, dont l’image  a été particulièrement malmenée, est également parvenue à conserver presqu’intacte sa base de dépôts clients d’une année sur l’autre (27,1 milliards de livres, comparé à 28,1 milliards une année auparavant).

Résistance

Elle n’en néglige pas pour autant l’importance de son chantier de réhabilitation éthique, comme vient de le rappeler la mise en examen récente de Paul Flowers, ex-président de Co-op Bank, pour possession illégale de stupéfiants. Pour la première fois de son histoire, la charte de la banque inclut ainsi un engagement  à agir conformément aux principes et valeurs du mouvement coopératif et un comité de valeurs et d’éthique a été créé pour assurer la bonne adhérence à ces principes. Les clients de la banque seront aussi consultés, comme ils l’ont été à quatre reprises depuis 1992, et leurs retours seront intégrés dans la prochaine mouture de la charte éthique de la banque, prévue pour ce printemps.

Cette volonté de préserver les valeurs fondamentales de la banque reflète la tâche entamée par Lord Paul Myners, ancien secrétaire d’Etat aux Services financiers appelé à la rescousse pour transformer la gouvernance du groupe Co-op : face à la résistance d’un certain nombre de membres à accepter ses réformes, le directeur indépendant a annoncé début avril son départ du conseil d’administration de Co-op. Signe que la restructuration de la banque dépendra aussi beaucoup de la capacité de son actionnaire à mener à bien sa propre révolution. 

Le réseau sera réduit à hauteur de 15 % en 2014, après la fermeture de 51 agences en 2013

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