Bpifrance monte au front sur les exportations

le 24/04/2014 L'AGEFI Hebdo

La banque publique élargit son offre aux PME et aux ETI avec des financements en crédit et en capital.

Bpifrance monte au front sur les exportations
(Lydie Lecarpentier/REA)

Trop peu d’entreprises, et notamment de PME, s’internationalisent alors que la croissance sur le marché français tourne au ralenti. Pour inverser la tendance (voir graphique), l’Etat se porte en première ligne. Le ministère des Affaires étrangères, qui vient de s’adjoindre le Commerce extérieur, a valeur de symbole, dans un mouvement où Bpifrance joue un rôle croissant. « C’est une chose très positive que Bpifrance développe une offre de financement à l’export, alors que les banques sont très en retrait dans ce domaine », estime François Bieber, président de Kwanko, une PME spécialisée dans la publicité sur le Web, qui réalise à l’export 65 % de ses ventes. A défaut de pouvoir obtenir un crédit bancaire, l’entreprise s’est développée à l’international entièrement par autofinancement, en puisant dans sa trésorerie.

De manière générale, les entreprises attendent beaucoup de la banque publique. D’après un sondage publié en février, et réalisé pour CroissancePlus auprès de 261 dirigeants d’entreprises de croissance, 36 % d’entre eux pensent se tourner vers elle pour financer leur entreprise. « Les entreprises ont besoin d’être mieux accompagnées, en termes de conseils, mais aussi financièrement. Les banques hésitent à leur prêter quand elles se développent à l’étranger, car il s’agit souvent de dépenses immatérielles essentiellement », constate Alain Renck, directeur de Bpifrance Export. Créée en 2013 et regroupant au sein du réseau de Bpifrance des conseillers d’entreprise ainsi que des spécialistes d’Ubifrance et de la Coface, cette structure est à présent opérationnelle. L’heure est désormais au déploiement d’une offre. « Nous proposons une gamme de produits de financement destinés aux PME et ETI pour les aider à s’internationaliser, et nous allons élargir notre offre », prévient Alain Renck.

Prêt export

Le prêt export a ainsi été lancé par Bpifrance au cours des derniers mois. Il s’agit d’un prêt d’une durée de 7 ans, qui peut s’élever à 5 millions d’euros par entreprise et par an. « L’entreprise ne commençant à rembourser qu’au début de la troisième année, elle dispose de deux années pour engager ses dépenses à l’international », souligne Alain Renck. La banque publique ne prête toutefois pas seule, mais uniquement en co-financement avec les autres banques. « Nous demandons toujours à l’établissement prêteur de l’entreprise d’effectuer un prêt du même montant que la somme que nous avançons. » Rassurés par la présence de Bpifrance, d’autant que cette dernière peut également se porter caution, les établissements bancaires semblent jouer le jeu : 330 dossiers de prêts export ont été bouclés entre janvier et la fin mars, financés à hauteur de 180 millions d’euros par Bpifance. « Nous devrions atteindre sans problème notre objectif de production de 250 millions d’euros de prêts export d’ici à fin 2014, et de 500 millions d’euros par an d’ici à 2017 », estime Alain Renck.

Certaines banques se montrent particulièrement enthousiastes. « Notre objectif est de co-financer avec Bpifrance de plus en plus de projets internationaux, notamment via le prêt export », déclare ainsi Régis Barriac, directeur de l’international d’HSBC France, qui a signé un accord avec elle. HSBC France prévoit une enveloppe globale d’1,5 milliard d’euros pour financer les PME et ETI à l’international en 2014. De son côté, Société Générale, qui a également noué un accord avec l’établissement public, serait disposée à s’engager largement dans ce cadre.

Mais la banque dirigée par Nicolas Dufourcq ne compte pas s’arrêter là. Au-delà du prêt export, elle travaille à la création d’autres outils qui devraient être lancés à l’été. Ses dirigeants prévoient de proposer des solutions de financement court terme, à commencer par du crédit client. « Bpifrance souhaite consentir aux entreprises des avances de trésorerie en mobilisant leurs créances à l’exportation », explique Alain Renck. Pour ce faire, des discussions sont en cours avec les assureurs crédit, dont Euler Hermès.

Grand chantier

La banque publique a également engagé une réflexion sur le crédit fournisseur. « L’idée est de créer un crédit fournisseur financé par Bpifrance et garanti à 100 % par la Coface pour les entreprises qui réalisent moins de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires », explique Christophe Viprey, directeur des garanties publiques de la Coface. La raison ? « Trop peu de banques proposent du crédit fournisseur aux PME. L’offre est insuffisante », constate Christophe Viprey. De manière plus générale, « les banques sont réticentes à octroyer des crédits de petits montants aux PME, car les coûts de montage ne peuvent pas être amortis par ces opérations », souligne un professionnel.

L’autre grand chantier de la banque étatique est le crédit acheteur, où l’établissement prêterait directement à l’acheteur étranger d’une PME ou ETI française. Ses équipes travaillent activement à la mise en place d’un dispositif en ce sens, qui doit être lancé d’ici à l’été. « Nous sommes en pleine discussion avec la Fédération bancaire française et la Coface à ce sujet. Il s’agit d’un métier entièrement nouveau pour nous », indique Alain Renck. Ce type de financement est d’ordinaire réservé à des gros contrats et, partant, à des grandes entreprises.

Les seuils qui seraient fixés à une telle intervention de Bpifrance n’ont pas encore été arrêtés. L’idée serait a priori de financer des contrats export allant de 1 à 50 millions d’euros, voire plus. Bpifrance pourrait, dans quelques années, y consacrer un milliard d’euros par an. « C’est un dispositif très intéressant pour l’entreprise, lui permettant de sécuriser complètement le paiement et lui donnant un argument de taille pour vendre puisqu’elle proposerait à la fois une prestation industrielle ou commerciale et une solution de financement », explique Alain Renck.

Marchés désertés

Les PME et ETI françaises seraient aujourd’hui pénalisées dans la compétition internationale par le fait de ne pouvoir proposer une telle offre, contrairement à des entreprises étrangères qui s’appuyent sur un dispositif de crédit acheteur financé par des prêteurs publics, telles les entreprises allemandes avec les Landesbanken. Il faut souligner aussi que les banques françaises, qui étaient nombreuses à proposer du crédit acheteur avant la crise financière, auraient déserté ce marché. « Beaucoup d’établissements tricolores ne commercialisent désormais plus de crédit acheteur pour des contrats à l’export inférieurs à 20 ou 25 millions d’euros, jugeant les frais de dossiers trop importants », souligne Christophe Viprey, de la Coface. Les conditions de la relance de tels montages au profit des PME ne sont pas encore précisées. La question, notamment, de savoir si la banque publique va financer seule les opérations reste ouverte. « Bpifrance cherche à inciter les banques à revenir sur le marché du crédit acheteur de moins de 20 millions euros. Mais il s’agit d’un dispositif à double tranchant qui pourrait aussi les inciter à s’en désengager complètement, puisque la banque publique s’y investit », commente un professionnel.

D’ores et déjà, ces projets attirent les critiques. « Il est très risqué de vouloir octroyer des crédits fournisseur ou acheteur pour des contrats de quelques millions d’euros. La mise en place de tels dispositifs est très complexe pour les PME », souligne-t-on ainsi au sein d’une grande banque française.

Quant aux principales concernées, les PME, si elles sont favorables aux nouveaux outils de financement dans leur ensemble, leurs dirigeants disent aussi, à hauteur de 58 % selon le sondage de CroissancePlus, ne pas être suffisamment informés des mesures d’aide à l’export. Une telle méconnaissance pourrait constituer un frein au succès de ces mesures. 

Du soutien en capital aussi

Bpifrance finance également en dette et en fonds propres des PME exportatrices. Pour ce faire, elle investit dans des fonds d’investissement dédiés au soutien des PME à l’international, à qui elle a décerné le label « Export ». C’est le cas du fonds de capital-investissement Idinvest Digital Fund II. Ce fonds, qui a effectué son premier closing il y a quelques mois, investit principalement dans de jeunes entreprises du secteur du numérique et des nouvelles technologies (services Internet, e-commerce, logiciels, etc.), et gère 60 millions d’euros de fonds. Bpifrance en est actionnaire à hauteur de 24,9 %. « Nous investissons également dans deux autres fonds dont le ’closing’ est en cours, et qui ont reçu le label Export », souligne-t-on chez Bpifrance. La banque a pour vocation de demeurer actionnaire minoritaire dans de tels fonds. Elle devrait investir cette année dans une dizaine de fonds d’investissement dédiés au soutien des PME exportatrices et candidates au label Export. Son objectif est d’y injecter 150 millions d’euros au total en 2014. Créé en 2013, ce label de la banque est décerné à des fonds axés sur l’internationalisation des sociétés et dont les équipes de gestionnaires possèdent un réel savoir-faire dans le développement à l’export. Les fonds généralistes qui s’engagent à investir dans des PME exportatrices sont également éligibles.

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