L'avis de... Luc Boucey, directeur du pôle études d’ADN’co, conseil spécialisé en monétique

« Un bénéfice suffisamment fort pour changer les habitudes de paiement »

le 27/11/2014 L'AGEFI Hebdo

« Un bénéfice suffisamment fort pour changer les habitudes de paiement »
Luc Boucey, directeur du pôle études d’ADN’co, conseil spécialisé en monétique

Apple Pay est-il voué au succès ?

L’initiative Apple Pay est vraiment innovante car elle utilise la « tokenisation » qui évite le transfert de données de carte bancaire et la biométrie pour s’identifier sur le téléphone. De plus, Apple est le premier acteur à mettre en place un véritable écosystème qui comprend 800 millions d’utilisateurs ayant enregistré leur carte bancaire dans iTunes et ayant l’habitude de payer ainsi leurs applications, mais aussi les grands schemes (réseaux de paiement, NDLR) comme Visa, MasterCard et Amex, environ 500 banques et enfin de grandes chaînes, comme McDonald’s qui peuvent s’appuyer sur les terminaux de paiement sans contact existants. En quelques semaines, Apple Pay atteint déjà environ 1 % des transactions chez Whole Foods Market, c’est beaucoup. Il faut dire que le paiement mobile sans contact s’adapte bien à certains types d’achats.

Est-ce qu’Apple Pay est le signal qui permettra au paiement mobile sans contact d’émerger ?

En France, le paiement mobile sans contact est encore confidentiel même si le paiement par carte sans contact se développe grâce aux 41 % des cartes qui le sont et des 17 % de commerçants équipés en terminaux compatibles. En parallèle, l’offre de portefeuilles électroniques mobiles s’accroît. Néanmoins, ces wallets n’apportent pas toujours de valeur ajoutée décisive par rapport aux moyens de paiement traditionnels. Ils devront occasionner un bénéfice suffisamment fort pour que les consommateurs changent leurs habitudes. Par exemple, Auchan a annoncé le déploiement prochain de Flash’n Pay, un wallet qui intègre les avantages de fidélité, un argument de poids à son utilisation.

Le modèle économique d’Apple Pay est-il duplicable en Europe ?

Aux Etats-Unis, Apple toucherait autour de 0,15 % du montant de la transaction restitué par les banques, montant qu’elles peuvent répercuter ou non. En Europe, ce sera difficile. De plus, il serait étonnant qu’Apple n’utilise pas à terme les données de paiement alors que les offres développées par les géants du web reposent en partie sur leur exploitation. D’ailleurs, les grands émetteurs de cartes s’intéressent aux offres liées à la carte (card linked offers), bien ciblées et porteuses de valeur, qui répondent à une attente des consommateurs. La guerre des wallets continue et Apple est bien positionné.

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