Barclays accélère sa restructuration en profondeur

le 15/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs ont salué le repositionnement du groupe bancaire britannique, qui inclut la création d’une structure de défaisance pour les actifs à risques.

Barclays accélère sa restructuration en profondeur
Antony Jenkins
(Bloomberg)

Rachetant les opérations américaines de Lehman Brothers en 2008, l’ancien directeur général de Barclays, Bob Diamond, voulait faire de la banque britannique un acteur de premier plan au niveau mondial dans les activités de banque de financement et d’investissement (BFI). Une ambition qui apparaît aujourd’hui complètement abandonnée. Le 8 mai dernier, à l’occasion d’un repositionnement stratégique, la direction de Barclays, sous la houlette d’Antony Jenkins, a clairement fait comprendre que la banque de demain serait plus « rationalisée, plus forte et plus équilibrée ». Pour y parvenir, l’établissement britannique a sacrifié une partie non négligeable de sa banque d’investissement, dont les bénéfices imposables au premier trimestre ont été divisés par deux (lire le tableau) : 7.000 suppressions d’emplois dans cette division sont ainsi attendues d’ici à 2016.  Ce nouvel objectif a d’ailleurs contraint le groupe à revoir à la hausse ses prévisions de suppressions d’emplois toutes divisions confondues à 14.000 postes rien que pour 2014, contre une estimation initiale de 10.000 à 12.000 en février dernier.

Certains dirigeants de la BFI,  notamment le patron des opérations américaines, Skip McGee, et celui du département fusions-acquisitions, Paul Parker, ont déjà quitté le navire. Pas de quoi inquiéter Antony Jenkins, pour qui ces départs reflètent une « transition générationnelle ». Car la refonte de la banque d’investissement ne s’arrête pas aux suppressions d’emplois. Barclays, dont le résultat global s’élève à 1,69 milliard de livres au premier trimestre (-5 % sur un an) a ainsi annoncé la création d’une structure de défaisance dans laquelle elle entend cantonner 115 milliards de livres d’actifs à risques, destinés à être ramenés à 50 milliards  (61,19 milliards d’euros) d’ici à la fin de 2016. Les coûts de restructuration seront ainsi alourdis à 3,5 milliards de livres comparé à 2,7 milliards de livres projetés dans le cadre du plan Transform présenté en février 2013 : 80 % de cette division sera composé d’actifs de la BFI, ce qui réduira à 30 % le montant du capital dédié à cette entité comparé à 50 % aujourd’hui. Y seront concentrées des opérations de négoce de matières premières devenues non prioritaires, des produits liés aux marchés émergents, ou encore des produits dérivés exotiques. La nouvelle banque d’investissement sera centrée sur les actifs dont l’établissement a hérité de Lehman Brothers, et donc plus exposée aux actions américaines et aux opérations de conseil au détriment des métiers FICC (obligataire, devises et matières premières), qui furent longtemps la locomotive du groupe.

Cantonnement

Les activités de détail européennes, et plus précisément celles en Espagne, Italie, Portugal et France (14 % des actifs à risques) et la banque commerciale hors Royaume-Uni (8 %) en feront également partie.  « Cela devrait permettre  d’améliorer la qualité des revenus, baisser la volatilité et l’intensité du capital, réduire le risque réglementaire, augmenter la rentabilité et rendre la base de coûts plus flexible », détaille Jason Napier, analyste chez Deutsche Bank dans une note. Considérés comme non stratégiques, ces actifs seront à terme cédés ou abandonnés : « Nous avons pris aujourd’hui la décision de créer cette entité, mais nous ne savons pas encore quel chemin nous prendrons », indiquait ainsi le directeur général le 8 mai dernier.  Le groupe avait déjà essayé de vendre ses opérations hexagonales il y a deux ans sans succès. Désormais, l’établissement britannique entend se concentrer sur ses activités de banque de détail et commerciale au Royaume-Uni, sur sa filiale de cartes de crédit Barclaycard ainsi que sur ses activités en Afrique. « Nous ne nous sommes pas contentés d’examiner un trimestre d’activité pour prendre notre décision, explique Tushar Morzaria, directeur financier du groupe. Nous avons avant tout considéré quelles étaient les activités structurellement en difficulté. »

La direction de la banque s’est aussi appliquée à défendre l’idée d’une stratégie sur le long terme réalisée dans l’intérêt des actionnaires :  « Si nous constatons une reprise dans le secteur des FICC prochainement, il faudra admettre que nous n’en tirerons pas parti », poursuit Tushar Morzaria. La présentation de ce recadrage stratégique s’est également accompagnée d’une  révision des objectifs financiers de Barclays, qui vise désormais un retour sur fonds propres (RoE) supérieur à 12 % d’ici à 2016 pour l’ensemble du groupe et un ratio CET1 (common equity tier one) supérieur à 11 % d’ici à 2016, contre un objectif précédent de plus de 10,5 % sur un horizon 2015. Il n’y a plus en Europe qu’une voire deux BFI importantes – chez Deutsche Bank et BNP Paribas.

A lire aussi