Axa ajuste au fil du temps sa stratégie à l’international

le 02/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Cession en Roumanie, accélération en Inde et en Afrique… L’assureur fait évoluer son périmètre dans une logique de long terme.

Axa ajuste au fil du temps sa stratégie à l’international
(Bloomberg)

Conclusion d’un partenariat avec l’assureur-vie japonais Nippon Life, finalisation d’une prise de participation dans le premier réassureur africain Africa Re, montée en puissance en Inde… : les dernières annonces d’Axa témoignent de la volonté de conquête internationale de l’assureur français. « Depuis le lancement de notre plan stratégique (en 2011, NDLR), nous avons investi en moyenne un milliard d’euros par an dans les pays émergents », déclarait son PDG Henri de Castries, à l’occasion des résultats annuels fin février, ajoutant que cet ordre de grandeur avait vocation à varier d’une année sur l’autre en fonction des opportunités. « Nous verrons au fil du temps ce que l’on doit investir dans ces différentes zones et nous tempérerons au regard des coûts d’acquisition », a-t-il ajouté. L’an dernier, Axa, qui a acquis 50 % du chinois TianPing et 51 % des activités d’assurance de Colpatria en Colombie, a également pris une part majoritaire dans l’acteur nigérian Mansard Insurance. « L’Afrique, continent sur lequel Axa accélère ses ambitions, tirera la croissance mondiale du XXIe siècle, mais il s’agit d’un investissement à très long terme, à horizon 30 ans. A l’exception de l’Afrique du Sud, les activités d’assurance y sont encore très limitées », relève Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures. L’Inde fait également parti des zones de croissance visée. Alors que le pays a porté à 49 % (contre 26 % auparavant) le plafond des investissements étrangers au capital des assureurs nationaux, Axa a annoncé mi-mars son intention de relever sa participation dans ses coentreprises d’assurance indiennes à ce niveau.

La stratégie du groupe passe en corollaire par des réductions de voilure, Axa ayant réalisé pour 8,9 milliards d’euros de cessions depuis 2010 dans les pays développés et faisant machine arrière sur certaines zones géographiques. En Europe de l’Est, l’assureur a annoncé l’an passé la vente de ses opérations vie, épargne, retraite en Hongrie, puis en Roumanie. « Les pays de l’Europe de l’Est, dans lesquels Axa s’est développé par le passé via des partenariats en bancassurance ou par le biais de l’assurance directe, n’ont pas constitué l’eldorado annoncé. La crise a conduit l’assureur à rationaliser ses activités dans cette zone, en raison à la fois de positions trop limitées et d’un poids local des classes moyennes encore insuffisant », analyse Cyrille Chartier-Kastler. Demeure désormais la Pologne, où Axa a noué un partenariat en septembre.

Des résultats résistants

L’assureur entend poursuivre sa stratégie de croissance sélective. « Axa est un groupe pragmatique, qui sait prendre des décisions rapides. Dans l’attente d’une opération de croissance externe d’envergure, à l’image des acquisitions de l’UAP ou de Winterthur réalisées par le passé, qui tirerait la croissance du groupe sur le moyen terme, Axa va poursuivre sa stratégie d’investissements de plus petite ampleur à l’international et devrait procéder à des ajustements en vue d’optimiser ses positions locales », estime Cyrille Chartier-Kastler. Ce positionnement est salué par certains analystes, à l’image de ceux de Morgan Stanley, qui font du titre l’une de leurs valeurs favorites. « Diversifié sur le plan géographique et en termes d’activités, Axa et Prudential disposent de résultats plus résistants que leurs pairs », jugent-ils.

L’an passé, dans un contexte difficile de taux bas, Axa a dégagé un bénéfice opérationnel sans précédent de 5,1 milliards d’euros (+7 %). Dans les activités vie, épargne, retraite, « le poids des marchés émergents est croissant », indique Jacques de Vaucleroy, responsable au niveau international du pôle d’activité. Les affaires nouvelles des marchés à forte croissance ont crû de 14 %, soutenues principalement par Hong Kong et l’Asie du Sud-Est, l’Inde et la Chine, contre une croissance limitée à 4 % dans les marchés matures. Dans les activités dommages, où le groupe étudie le lancement d’activités en Egypte, le résultat opérationnel issu des marchés émergents a toutefois chuté de 15,6 % à 124 millions d’euros, Axa ayant notamment pâti de sa présence au Brésil, frappé par un ouragan. « C’est un monde qui accélère fortement, mais qui n’est pas linéaire, pas stabilisé. Il peut y avoir des à-coups politiques, économiques, mais aussi climatiques », souligne Jean-Laurent Granier, PDG d’Axa Global P&C. Or cette route pavée d’embûches pourrait être bien longue avant d’aboutir. « La part de l’activité d’Axa dans les pays émergents reste encore très faible : 9 % en 2014 », confirme Cyrille Chartier-Kastler.

8,9 milliards d’euros, c’est le montant des cessions réalisées par Axa depuis 2010 dans les pays développés

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