Aldermore entend pérenniser son succès dans la banque à distance

le 17/09/2015 L'AGEFI Hebdo

Portée par un climat économique favorable, la petite banque britannique est confiante dans sa capacité de développement organique.

Parmi les « challenger banks » britanniques, Aldermore occupe une place à part. Née en 2009 et soutenue par le fonds d’investissement AnaCap, cette banque à distance vise le secteur des PME et les ménages, sur le créneau des prêts immobiliers. Cotée à Londres depuis mars 2015, elle a plus que doublé ses profits imposables au premier semestre, conséquence d’une augmentation importante du volume net de nouveaux crédits. Forte de ces résultats, Aldermore, qui compte près de 900 salariés, est confiante dans sa capacité à générer une croissance de 30 % des crédits distribués cette année, soit 1,4 milliard de livres (1,9 milliard d’euros). « Le consensus de recommandations des analystes sur cette valeur est à l’achat, ce qui laisse augurer la confiance qu’ils placent dans la banque », note Keith Bowman, analyste actions chez Hargreaves Lansdown. De quoi faire rêver les banques françaises en ligne. Mais le contexte outre-Manche n’est pas le même.

Occupant la 19e place des prêteurs outre-Manche en termes de revenus au premier semestre juste devant Shawbrook, un autre concurrent (source : Standard & Poor’s, S&P), Aldermore reste sans conteste une banque de petite taille. Mais cet acteur n’en présente pas moins des atouts. La quasi-absence de coûts de restructurations ou de litiges dont continuent à souffrir les établissements traditionnels, ainsi que de prêts à risques, contribue à en faire une banque rentable : « Les ‘challengers banks’ sont aussi portées par l’évolution significative des canaux de distribution et des préférences clients, et en particulier la croissance de la banque en ligne et la moindre importance du réseau d’agences », explique Nigel Greenwood, analyste de S&P et auteur d’une étude sur les nouveaux entrants dans la banque britannique. Aldermore ne dispose pas d’agences mais opère, en ligne, par téléphone, mais aussi en face en face avec 12 bureaux régionaux.

Du particulier aux PME

L’environnement économique britannique est également porteur : le taux de croissance annualisé sur trois mois du crédit à la consommation est de 8,3 %. Et les pertes sur créances ont atteint des niveaux très bas – autour de 13 points de base selon S&P en 2014 –, largement au-dessous des moyennes historiques. Aldermore a en outre su tirer parti des énormes potentialités des prêts immobiliers résidentiels outre-Manche : au premier semestre, sa division de prêts résidentiels a enregistré une hausse de 12 %, à 536 millions de livres, ce qui lui assure une part de marché d’environ 0,6 %. La croissance de l’économie britannique a aussi porté les prêts immobiliers commerciaux aux PME, dont Aldermore détient 1 % de part de marché.

Dégagé du poids du passé dont souffrent les grandes banques, Aldermore n’en demeure pas moins soumise aux mêmes règles que les autres. « Alors même que le gouvernement pousse à davantage de compétition dans le secteur, les restrictions sur l’allègement fiscal des prêts à l’investissement locatif (‘buy to let’, NDLR), associées à la surtaxe de 8 % sur les profits des banques à compter de l’an prochain, font figure paradoxalement d’obstacles potentiels pour ces acteurs », souligne Keith Bowman. Pour Aldermore, cette surcharge pourrait impacter négativement son bénéfice net par action de l’ordre de 7 % en 2017, selon Deutsche Bank. Avec 59 % de ses prêts immobiliers et 44 % de la totalité de son portefeuille de prêts exposée au secteur du buy to let, le prêteur ferait aussi partie des banques les plus sévèrement touchées par de nouvelles mesures budgétaires. Sa direction a néanmoins tenu à minimiser le sujet : « Le Royaume-Uni subit à l’heure actuelle un changement démographique, a indiqué Phillip Monks, directeur général d’Aldermore lors de la présentation des résultats semestriels. Selon les prévisions, quelque 26 % des foyers devraient louer dans le secteur privé d’ici à 2022, ce qui devrait générer davantage de croissance. »

En pleine expansion, la banque devra néanmoins veiller à pérenniser son succès. « Les investisseurs pourraient à terme perdre patience si les niveaux de croissance enregistrés au cours des premières années d’opérations par ces nouveaux entrants ne se poursuivaient pas, prévient Nigel Greenwood. A la lumière des exemples passés, un certain nombre de ces nouvelles banques ont échoué dès lors qu’elles se sont aventurées dans de nouveaux terrains d’activité. » L’hypothèse d’une consolidation à plus long terme n’est pas impossible : « Il est fort probable que tous les nouveaux entrants actuels n’opéreront pas dans dix ans sous le nom qu’ils portent aujourd’hui », poursuit Nigel Greenwood. Dans l’intervalle, Aldermore n’a pas exclu de se positionner en consolidateur. Questionné sur d’éventuelles acquisitions de portefeuilles, Phillip Monks s’est montré très clair : « Nous n’avons jamais dit ‘jamais’. Mais l’essentiel de notre stratégie repose sur des positions de marché et une distribution robustes de façon à ne pas avoir recours à un rachat. »

Phillip Monks, directeur général d’Aldermore.
ZOOM
Phillip Monks, directeur général d’Aldermore.
5,2 millions de livres, des créances douteuses qui se maintiennent en deçà du consensus.

A lire aussi