L’avis de... Khalid Krim, managing director Global Capital Markets chez Morgan Stanley

« 2015 est l’année de convergence des chantiers réglementaires »

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

« 2015 est l’année de convergence des chantiers réglementaires »
Khalid Krim, managing director Global Capital Markets chez Morgan Stanley
(Khalid Krim / managing director Global Capital Markets chez Morgan Stanley)

L’opération de Santander présage-t-elle d’autres appels aux marchés en 2015 ?

L’objectif poursuivi n’est pas le même pour toutes les banques. On peut analyser une levée de fonds de la part d’un établissement qui n’est pas dans l’urgence comme la préparation d’opérations de croissance externe. Mais il peut d’abord s’agir de la volonté d’aligner sa communication financière et ses ratios sur ceux de ses pairs ou sur les objectifs d’un plan stratégique déjà annoncé au marché. Il est alors plus facile pour une nouvelle direction de réaliser l’opération. Plus généralement, nous avons enregistré en 2014 des émissions d’equity préventives dans le cadre de l’AQR et des stress tests pour un montant record de 50 milliards d’euros. Cette année, les volumes devraient être moindres. En revanche, en Tier 1, nous pourrions constater un montant équivalent aux 60 milliards d’euros de l’an dernier. Nous estimons à 150 milliards les besoins des banques pour améliorer les ratios de levier et remplacer d’anciennes dettes subordonnées. Ils trouveront leur marché avec des levées équilibrées jusqu’en 2016. Concernant la dette Tier 2 et susceptible de participer à l’absorption des pertes (bail-in), nous évaluons les besoins entre 400 milliards et 900 milliards d’euros d’ici à 2019, selon la finalisation des réglementations. Il faut relativiser ces montants : les banques européennes lèvent 250 milliards d’euros chaque année. Elles doivent toutefois planifier leurs émissions et communiquer leurs besoins auprès des investisseurs.

Le bail-in ne risque-t-il pas de dissuader les investisseurs ?

Les investisseurs cherchent du rendement dans un contexte de taux bas : il y a peu d’alternatives. Du fait de la volonté politique de ne plus solliciter gouvernements et contribuables en cas de faillite d’une banque, actionnaires et investisseurs sont seuls à faire face à la situation (c’est le principe du bail-in). Le senior bail-in existe mais apparaît moins probable dans un système bancaire européen plus supervisé, recapitalisé en actions et dettes subordonnées. NCWO (no creditor worse off) est l’acronyme qui émerge avec la mise en place de ces règles. Enfin, l’apparition en mars d’un nouvel acteur : le SRM (Mécanisme de Résolution Unique), second pilier de l’union bancaire, est le prolongement logique de la supervision unique (MSU). Cet acteur sera le gardien de la liquidation organisée de banques en cas de faillite.

La juxtaposition des normes et intervenants crée tout de même une incertitude…

En fait, 2015 est l’année de convergence des chantiers réglementaires. Depuis 2008, l’objectif est de corriger les implications du « too big to fail » avec de nouvelles exigences en termes de structure de capital et de liquidité. Si les plans de recouvrement sont insuffisants, la résolution est enclenchée et une liquidation s’organise avec le passage de témoin du MSU vers l’organe de résolution (le SRM) garant d’une procédure rapide, équitable tout en protégeant le reste du système bancaire. Tout ce que cela induit pour les banques est un défi, mais pas un obstacle.

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