Crédit Agricole SA encaisse le choc du coronavirus

le 06/05/2020

Siège du Crédit Agricole à Montrouge.
CASA a enregistré 621 millions d’euros de provisions sur le premier trimestre 2020.
(Photo Crédit Agricole.)

Crédit Agricole SA a publié mercredi un résultat net ajusté part du groupe de 652 millions d’euros au premier trimestre, en recul de 18,1% sur un an en raison des impacts liés à la pandémie de coronavirus et à la volatilité des marchés. Ces chiffres sont cependant supérieurs aux attentes des analystes interrogés par FactSet, qui anticipaient un repli de 36% du résultat net à 490 millions d’euros.

Le produit net bancaire sous-jacent progresse pour sa part de 4,8% sur un an à 5,137 milliards d’euros, et le PNB publié de 7,1% à 5,20 milliards. Les revenus sont eux aussi supérieurs au consensus FactSet, qui tablait sur un PNB de 4,956 milliards. Le gros de la hausse provient toutefois d’éléments purement comptables dans le pôle «activités hors métiers».

«Le Crédit Agricole a toute la capacité à la fois pour absorber l’impact du Covid-19 en termes de coût du risque et pour assurer l’opération de pontage de l’économie», a estimé Philippe Brassac, directeur général de CASA, lors d’une conférence téléphonique avec les journalistes. Le dirigeant n'a pas livré de prévisions pour l'ensemble de l'année 2020. «Si l'ordre de grandeur du coût du risque au T1 devait se reproduire au T2, T3 et T4, ce serait un doublement du coût du risque, qui est absorbable par le groupe, a-t-il indiqué. Ce n'est pas une projection.»

Dépréciations de portefeuilles

Comme chez les autres banques, le trimestre a été marqué par une forte hausse du coût du risque. La filiale cotée du Crédit Agricole a enregistré 621 millions d’euros de provisions sur la période, un montant multiplié par 2,8 sur un an par rapport à un coût très bas au premier trimestre 2019. Il comprend 223 millions d’euros de provisions sur encours sains. Le coût du risque annualisé rapporté aux encours a plus que doublé d’un trimestre à l’autre pour atteindre 61 points de base.

«Les niveaux de provisionnement ont été déterminés pour refléter la dégradation brutale de l’environnement (ajustements forfaitaires sur les portefeuilles de la banque de proximité et sur les entreprises et compléments spécifiques sur des secteurs ciblés : tourisme, automobile, aéronautique, grande distribution textile, énergie, supply chain)», précise Crédit Agricole SA dans son communiqué.

En termes d’activités, le pôle gestion d’épargne et d’assurance a été le plus affecté, avec un recul de 18,7% sur un an du PNB de l’assurance, et de 7% sur un an du PNB de la gestion d’actifs (Amundi). L’assurance subit «notamment des effets marché défavorables, liés à des impacts de la juste valeur par résultat pour 246 millions d’euros et à des provisions techniques réglementaires sur les unités de compte pour 60 millions d’euros, compensés partiellement par la progression du prélèvement de marge financière», indique le Crédit Agricole dans son communiqué.

Compte tenu du redressement des marchés actions et crédit par rapport aux niveaux du 31 mars, «une partie de ces dépréciations pourra être sans doute reprise à la fin du deuxième trimestre», a estimé Jérôme Grivet, directeur général adjoint en charge des finances du groupe, lors de la même conférence.

La banque d’investissement progresse

Le PNB de la banque de proximité a quant à lui progressé en France, de 2,2% à 889 millions d’euros chez LCL, et a légèrement décru à l’international (-0,9% à 670 millions). L’impact est plus marqué dans les services financiers spécialisés, avec une contraction de 4,2% des revenus dans le crédit à la consommation, à 518 millions, et de 8% dans le leasing et l’affacturage, à 129 millions.

Le trimestre témoigne en revanche de la moindre sensibilité de Crédit Agricole CIB à la volatilité des marchés, alors que ses concurrents BNP Paribas et la Société Générale ont accusé de lourdes pertes dans les dérivés actions liées aux annulations et reports de dividendes. Le PNB sous-jacent de la banque de financement et d’investissement (BFI) a ainsi progressé de 4,8% sur un an à 1,202 milliard d’euros, avec une hausse de 13,7% dans les activités de marché (à 603 millions). «Nos activités de dérivés actions ont bien progressé sur ce trimestre, de l’ordre de 20%», a précisé Jacques Ripoll, le directeur général de CA CIB, malgré des pertes de revenus liées à l’effet dividende estimées à 25 millions environ.

Le ratio de fonds propres durs CET1 a diminué de 0,7 point en trois mois à 11,4%, dont 0,44 point lié au débouclement du mécanisme de garantie interne «Switch».

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