La victoire de l'extrême-droite en Italie secoue les marchés obligataires

le 26/09/2022 L'AGEFI Quotidien / Edition de 14H

Le taux de l'obligation souveraine italienne à dix ans monte après les résultats électoraux dans la péninsule.

drapeau italien
Le parti d'extrême droite Fratelli d'Italia a remporté environ 25% des suffrages aux élections législatives.
(Photo European Union EC.)

Les rendements des obligations d'Etat italiennes (BTP) progressent nettement lundi matin après la victoire de l'extrême droite aux élections législatives en Italie, les investisseurs s'inquiétant pour les finances publiques du pays et ses relations avec ses partenaires européens.

Le parti d'extrême droite Fratelli d'Italia a remporté environ 25% des suffrages aux élections législatives anticipées qui se sont tenues dimanche, devenant ainsi la première force politique en Italie. Avec ses alliés de La Ligue et de Forza Italia, les partis de Matteo Salvini et de Silvio Berlusconi, Fratelli d'Italia réunit quelque 43% des voix, assurant à cette coalition une majorité relative dans les deux chambres du Parlement.

En réaction, le taux du BTP à dix ans prend 13,8 points de base, à 4,492%. Celui du Bund allemand de même maturité, le titre de référence dans la zone euro, gagne 9,4 points de base, à 2,121%.

Sur le marché des changes, l'euro, qui évolue à ses plus bas niveaux depuis 2002 face au dollar, recule de 0,3% à la mi-journée, à 0,9665 dollar.

Un pays lourdement endetté

Le succès de Fratelli d'Italia et de sa dirigeante, Georgia Meloni, qui revendique déjà la présidence du Conseil, préoccupe les marchés obligataires, l'Italie étant un pays fortement endetté et les craintes de récession étant élevées dans la zone euro, où les taux d'intérêt remontent dans un contexte de forte inflation et de ralentissement de l'économie.

Alors que la dette publique de l'Italie représente quelque 150% de son produit intérieur brut (PIB) et que sa croissance est chroniquement faible, la confiance des investisseurs dans la politique budgétaire de Rome est cruciale pour la stabilité des rendements obligataires italiens. Cette dernière dépend également du soutien apporté par la BCE, généralement soumis au respect par Rome d'une politique budgétaire prudente et à la mise en œuvre de réformes économiques visant à améliorer la croissance.

Dans ce contexte, les propos que tiendra la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, qui sera auditionnée à partir de 15h00 par la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, seront attentivement suivis par les investisseurs.

En dépit des tensions sur les marchés de la dette italienne, l'indice vedette de la Bourse de Milan, le FTSE Mib, s'adjuge 0,5% à 21.175 points, réalisant la meilleure performance parmi les Bourses européennes. L'indice avait chuté de 3,4% vendredi, accusant ainsi une baisse de 4,7% sur l'ensemble de la semaine.

Le budget 2023, priorité du prochain gouvernement

A court terme, les risques de tensions sur les marchés restent modérés, estime Barclays dans une note diffusée lundi. La priorité du nouveau gouvernement sera de boucler le projet de budget pour 2023 et, «compte tenu du peu de temps dont il disposera pour le finaliser, nous pensons qu'il pourrait devoir s'appuyer sur les projections budgétaires que le gouvernement Draghi présentera d'ici à la fin du mois», souligne la banque.

Barclays avertit toutefois que les risques pourraient s'intensifier à moyen terme, l'impact budgétaire des mesures comprises dans le programme de la coalition de droite étant estimé entre 30 milliards et 70 milliards d'euros, ce qui représente 1,5% à 3,9% du produit intérieur brut (PIB).

Dans ce contexte et alors que la composition du nouveau gouvernement ne devrait pas être connue avant plusieurs semaines, le nom du prochain ministre des Finances, un poste crucial, est particulièrement attendu, indiquent les analystes de Danske Bank. Un ministre des Finances technocrate permettrait d'apaiser les craintes du marché au sujet de la politique budgétaire et du respect des règles européennes en la matière, ajoutent-ils.

En effet, le nouveau gouvernement étant composé majoritairement de partis aux positions historiquement anti-européennes, le risque d'une perte de confiance dans les finances publiques de l'Italie à l'avenir augmente, souligne Franziska Palmas, économiste senior pour l'Europe chez Capital Economics.

«Les inquiétudes concernant les finances publiques de l'Italie pourraient éclater à tout moment vu l'ampleur de la dette publique du pays» et le contexte actuel de resserrement monétaire, de ralentissement économique et de crise énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises, prévient-elle.

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