La souveraineté technologique préoccupe la gestion d’actifs

le 06/10/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les gestionnaires sont pris entre le contrôle de leurs technologies et le recours à des partenaires pour optimiser leurs coûts et leur réactivité.

La souveraineté technologique préoccupe la gestion d’actifs
L’événement AM Tech Day organisé par L’Agefi s’est tenu le mardi 6 octobre au Palais Brongniart à Paris.
(Agefi)

La technologie n’est pas l’apanage des seules sociétés de... technologies. Un gérant d’actifs reste loin de Facebook et de Google, mais « il n'y a aucun domaine de la chaîne de valeur dans la gestion d’actifs qui ne soit pas concerné par la technologie », a déclaré Florence Fontan, secrétaire générale et responsable de l’engagement d’entreprise de BNP Paribas Securities Services, lors de l’AM Tech day organisé par L’Agefi ce mardi au Palais Brongniart.

Si toutes les sociétés de gestion sont confrontées aux problématiques technologiques, toutes ne l’abordent pas de la même manière. Leur traitement touche souvent à la souveraineté même des sociétés. « Les sujets [soulevés par la technologie] sont aujourd’hui moins techniques que de l’ordre de la direction générale ou de la stratégie », confirme Jean-Jacques Barbéris, membre du comité exécutif, directeur de la clientèle institutionnelle et d’entreprises d’Amundi.

Chez ce gestionnaire, le choix est fait. « Nous devons être totalement maîtres de notre technologie », affirme Jean-Jacques Barbéris. Les partenariats stratégiques noués avec des sociétés externes ont donc vocation à s’intégrer dans la plate-forme technologique d’Amundi. Ce qui n’exclut pas la société de nouer des partenariats externes pour tester des solutions qui ne sont pas encore matures. Pour évaluer la température de ses portefeuilles, dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat, le gestionnaire dispose, par exemple, de trois outils de mesure, proposés par trois partenaires différents.

Intégration

Mais quelle que soit la structure, Florence Fontan constate que, sur les technologies examinées, « selon si les sociétés veulent conserver leur souveraineté ou pas, elles ne regardent pas les partenaires de la même façon ». Ce que confirme, par exemple, Corentin Favennec, directeur des partenariats grands comptes chez Generali Patrimoine : « Nous pouvons prendre des participations chez nos partenaires, soit avec la volonté de les intégrer, soit, au contraire, avec l’intention de revendre notre participation quand la société aura pris son envol ». Lorsque les technologies deviennent trop sensibles, elles sont donc intégrées. Ce mouvement est d’autant plus compréhensible que les sociétés pour lesquelles les sociétés technologiques travaillent sont extrêmement régulées.

Cette intégration n’est cependant pas une solution que toutes les sociétés de gestion peuvent mettre en place. Si le recours à des sociétés de technologie a souvent comme origine un besoin client, « elle est, de plus en plus souvent, accompagnée d’une recherche réduction du coût opérationnel pour les gestionnaires », estime Jean-Jacques Barbéris.

Attrait des grands groupes

Le mariage entre sociétés technologiques et institutions financières n’est pas que du fait de ces dernières. C’est aussi ce que recherchent beaucoup de fintechs. Si certaines d’entre-elles défendent leur indépendance au début de leur parcours, peu résistent à l’intégration dans des groupes plus grands. Cela s’est, par exemple, constaté dans le cas du rachat du robo advisor belge Gambit – pourtant rentable – en 2017 par BNP Paribas, ou l’intégration la même année, par cette même banque, du compte Nickel.

L’open banking, c’est-à-dire la mise à disposition des données, auquel Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel, mais aussi de la Fédération bancaire française (FBF) dit « ne pas croire », rend cette question de souveraineté de plus en plus préoccupante pour les banques aujourd’hui. Les sociétés de gestion arrivent maintenant à une situation qui s’en approche, si ce n’est similaire. Mais à la différence de celles-ci, les gestionnaires – a part les plus grands du secteur ou ceux adossé à des institutions financières – n’ont pas forcément les moyens de racheter et intégrer les partenaires technologiques auxquels ils font appel.

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