La rémunération d’Yves Perrier chez Amundi divise les sociétés de conseil en vote

le 30/04/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 18H

Yves Perrier, le directeur général du groupe Amundi
(photo Amundi.)

Les actionnaires d’Amundi sont appelés à rejeter la rémunération accordée à Yves Perrier, le directeur général sortant de la société de gestion, lors de l’assemblée générale du 10 mai. Deux sociétés de conseil en vote, Pirc et Glass Lewis, critiquent la décision du groupe français d’avoir accordé à son patron un bonus de 2 millions d’euros en 2020, soit le maximum autorisé en vertu du plan de rémunération, qui fixe la limite à 200 % de la rémunération fixe, a relaté Financial News. Le salaire fixe d'Yves Perrier s’étant établi à un million d’euros en 2020, sa rémunération totale s'est donc élevée à trois millions d'euros en incluant la part variable. 

« La société n'a pas divulgué les objectifs quantifiés définis comme critères de performance pour la rémunération variable », juge Pirc dans son rapport sur Amundi publié vendredi 30 avril et que NewsManagers a pu consulter. « Bien qu'il s'agisse d'une pratique courante sur ce marché, étant donné qu'il s'agit d'informations considérées comme sensibles, cela empêche une évaluation précise et peut conduire à un paiement excessif en cas de sous-performance », ajoute la société de conseil. « En outre, il n'existe pas de clause de récupération sur la totalité de la composante de rémunération variable, ce qui rend peu probable la possibilité pour les actionnaires de récupérer toute rémunération variable injustement versée », poursuit-elle.

L’an dernier, Pirc s’était aussi opposé à la rémunération d’Yves Perrier. 

De son côté, Glass Lewis « ne pense pas que la stratégie de rémunération de la société, telle qu’elle est actuellement prévue, soit suffisamment alignée avec les meilleurs intérêts des actionnaires », selon son rapport dont NewsManagers a obtenu copie. Le proxy adviserobserve que « le cours de l’action de la société n’a pas renoué pleinement avec ses niveaux d’avant la pandémie ». Dans ce contexte, « nous nous interrogeons sur la décision du conseil d’administration de maintenir un niveau aussi élevé de rémunération pour leur directeur général (…) », poursuit Glass Lewis.

ISS ne s'oppose pas à la rémunération d'Yves Perrier

En revanche, ISS, qui est la plus grosse agence de conseil en vote à l’échelle mondiale en termes de parts de marché, recommande d’approuver la rémunération du patron d’Amundi. Elle estime que « le niveau de transparence s’est amélioré par rapport à l’année précédente ». ISS identifie tout de même quelques éléments d’inquiétude, notamment le fait que la structure du bonus permette « un effet de compensation entre critères de performance ». 

Contactée par NewsManagers, une porte-parole d’Amundi souligne que la rémunération d’Yves Perrier est l’une des plus faibles du secteur mondial et européen de la gestion d’actifs. Pour mémoire, aux Etats-Unis, BlackRock a versé un total de 29,9 millions de dollars pour l'année 2020 à son directeur général Larry Fink. De plus, elle ajoute que le ratio d’équité, qui compare la rémunération du directeur général avec celle moyenne des salariés, est de 21 à l’échelle internationale, soit un niveau faible.

Elle souligne aussi que Yves Perrier a dépassé ses objectifs à hauteur de 102 % cette année, ce qui compense la baisse de la performance économique, et que de fait son bonus aurait dû être supérieur à deux millions d’euros. Mais en tant que filiale de banque, Amundi est soumise à la réglementation CRD IV et doit plafonner les bonus à 200 % de la rémunération fixe. La représentante du gestionnaire d'actifs assure enfin que les critères qualitatifs n’ont pas été gonflés pour compenser les critères économiques.

Les critères quantitatifs qui ont servi à établir la rémunération incluent l’évolution du résultat net et du coefficient d’exploitation, tandis que les critères qualitatifs ont englobé la mise en place du plan ESG et celle de la succession. D’autres actes accomplis sont entrés en ligne de compte comme la création de la joint-venture avec Bank Of China, l’acquisition de la gestion d’actifs de Sabadell, le renouvellement des accords avec Société Générale et Amundi Technology.

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