Les marchés d’actions sont sous l’influence de deux «grosses mains»

le 25/06/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Mauvaises nouvelles, volumes réduits et importantes positions «cash» n’arrêtent pourtant pas les indices.

Hausse des cours à la Bourse de Paris cette année
(DR/Pixabay)

Malgré un discours des banques centrales qui devrait plutôt inquiéter, les grands indices actions ont repris en juin leur hausse entamée de janvier à avril, «mais ces mouvements ne sont pas liés à d’importants volumes d’échanges, plutôt à l’absence de vendeurs face aux très rares acheteurs», explique Cyrille Collet, directeur de la gestion quantitative actions chez CPR AM, évoquant des volumes inférieurs de 30% à ceux des premiers mois de 2018.

Il constate que cela ne provient probablement pas des fonds ouverts (FCP et ETF, exchange traded funds) puisque ceux-ci connaissent une décollecte de 140 milliards de dollars depuis janvier selon EPFR, malgré les flux positifs de 90 milliards sur les ETF. En outre, les assets managers concernés restent très prudents, avec un niveau de «cash» record (5,6%) selon BAML. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas non plus les flux liés aux produits dérivés : les positions nettes acheteuses sont stables depuis plus d’un an sur les futures S&P 500, et même en baisse sensible depuis près d’un an sur les futures Nikkei.

En revanche, la simulation sur les gestions systématiques de Goldman Sachs montre que les hedge funds avec des stratégies momentum avaient vendu près de 100 milliards de dollars d’actions entre novembre et décembre, avant de racheter près de 400 milliards depuis. «Ces entrées conjoncturelles ne sont pas négligeables : elles font monter les cours concernés et auto-alimentent de facto un réinvestissement», rappelle CPR AM.

Enfin, les rachats d’actions semblent porter la progression des marchés depuis la crise et la baisse des taux qui incite à s’endetter pour cela. «En voyant des titres 15% plus bas début 2019 que début 2018, les entreprises n’ont sans doute pas hésité à prolonger cette tendance, qui les a amenées à 811 milliards de dollars de rachats l’an dernier. On en attend plus de 940 milliards en 2019. Le système américain, avec des rémunérations fondées sur les actions, en fait des acheteurs structurels désormais», conclut Cyrille Collet. Face à plein de petits acteurs prudents, on a donc deux «grosses mains» qui font bouger le marché et sont paradoxalement confortées par les politiques accommodantes des banques centrales. Jusqu’à l’apparition d’une nouvelle main, plus grosse, par exemple des flux (méconnus) de fonds souverains, comme début 2016 après le choc sur l’énergie.

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