Le marché craint une relance de la guerre technologique

le 07/12/2018 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’arrestation de la directrice de Huawei au Canada sur demande des Etats-Unis a déclenché une réaction en chaîne baissière sur les marchés dans le monde.

Shanghai Stock Exchange, Chine.
Les marchés asiatiques ont accusé le coup hier, à Tokyo, à Hong Kong et à Shanghai (photo).
(Shanghai Stock Exchange © UE CE Gabriel Gauffre.)

Un bel exemple d’effet domino dont les investisseurs se seraient bien passés. L’arrestation samedi dernier de la directrice financière de Huawei Technologies par la justice canadienne, à la demande des Etats-Unis, a relancé les craintes d’une guerre technologique avec la Chine, provoquant une cascade de baisses sur les marchés financiers.

Au moment de rendre l’information publique mercredi, Ottawa n’a pas indiqué les motifs de l’arrestation de Wanzhou Meng, fille du fondateur du premier équipementier de réseaux de télécoms et du deuxième fabricant de smartphones au monde. Selon plusieurs médias américains, elle sera liée à une violation des sanctions contre l’Iran imposées par Washington. Alors que Huawei a affirmé n’être au courant «d’aucun agissement répréhensible», la Chine a demandé la libération immédiate de Wanzhou Meng, qui risque l’extradition aux Etats-Unis, a précisé le ministère de la Justice canadien.

Cet épisode survient alors que les Etats-Unis et la Chine avaient fait retomber les tensions commerciales samedi : en marge du sommet du G20 à Buenos Aires, les présidents Donald Trump et Xi Jinping se sont engagés pendant les 90 prochains jours à ne pas imposer de nouveaux droits de douane sur les importations et à trouver un accord sur le commerce. Les effets de ce timide rabibochage auront été tués dans l’œuf par l’arrestation de Wanzhou Meng.

Les marchés boursiers ont accusé le coup hier : l’indice japonais Nikkei a terminé en baisse de 1,9%, tandis que le Hang Seng de Hong-Kong a perdu 2,5% et le Shanghai Composte chinois 1,7%. L’Europe n’était pas en reste: l’indice paneuropéen Stoxx 600 et le CAC 40 ont respectivement abandonné 3,1% et 3,7%, naviguant dans leurs niveaux les plus bas depuis deux ans, tandis que le FTSE 100, l’indice phare du London Stock Exchange, a cédé 3,4%. Outre-Atlantique, les choses allaient à peine mieux : le Dow Jones Industrial Average a clos en baisse de 0,31%, et le Nasdaq Composite des valeurs technologiques en hausse de 0,37%.

Les matières premières
également concernées

L’annonce a également fait décaler certaines matières premières, dont la baisse a été accentuée par une chute des prix du pétrole de 5% (en raison de la crainte d’une réduction plus forte que prévu de la production par l’Opep et ses alliés). Le prix du cuivre à trois mois sur le London Stock Exchange a par exemple reculé de 1,2% dans l’après-midi à 6.100 dollars la tonne, son plus bas niveau depuis le 14 novembre. Le cours spot du palladium chutait lui de 3,8% à 17h45 GMT. Valeur refuge, l’once d’or s’adjugeait 0,28% peu avant, atteignant un sommet depuis le 17 juillet. Du côté des matières premières agricoles, le soja, le blé et le maïs perdaient du terrain dans la journée sur le Chicago Board of Trade, de même que le sucre et le coton sur l’Intercontinental Exchange, les investisseurs craignant une baisse de la demande.

Ces réactions s’expliquent notamment, selon les professionnels de marché, par la crainte que les tensions commerciales se muent en guerre technologique, aux implications encore plus importantes. «Pour les marchés, c'est la pire des choses. L’économie mondiale est tellement intégrée au niveau technologique que si l'on touche à cela et si empêcher la Chine d'avancer dans ce domaine devient une sorte de cheval de bataille des économies occidentales, il sera difficile de trouver une trêve», indique Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services, dans un entretien à Reuters. Il rappelle d’ailleurs que «la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou encore British Telecom ont banni Huawei pour l'équipement de leur réseau».

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