Les provisions des banques sujettes à débat

le 05/03/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Ces énormes provisions sont dues à l’obligation comptable faite aux banques de passer leur portefeuille à leur valeur de marché (mark-to-market). C’est là que le bât blesse. Si nul ne peut contester l’envolée des taux de défaut sur les prêts immobiliers consentis aux ménages les plus fragiles aux Etats-Unis, l’exercice risque de dépasser la réalité économique pour d’autres types d’actifs.

Les indices de crédit sur lesquels se fondent en partie les banques pour évaluer leur portefeuille voient aujourd’hui leur dégradation guidée avant tout par des éléments techniques. Leur baisse force certains investisseurs endettés à liquider leurs positions, à l’image des hedge funds Peloton ou Derfield Capital, ce qui alimente une spirale négative. L’indice LCDX, témoin de la valeur des prêts à effet de levier aux Etats-Unis, est par exemple tombé à 91,7 points fin février contre près de 96 points début janvier. Mais une décote de 8% doit-elle pour autant s’appliquer à tous les prêts LBO détenus par les banques ? Pas forcément, si l'on en juge par le nombre de banques ou d’acteurs du capital-investissement qui montent aujourd’hui des fonds dédiés à la dette en détresse.

Certains acteurs de la finance ont donc beau jeu aujourd’hui de renouveler leurs critiques à l’égard des normes comptables. Les dirigeants d’Axa ne s’en sont pas privés la semaine dernière. «Elles portent en germe l'instabilité des bilans, voire des dangers systémiques (…) La primauté donnée à la valeur de marché au détriment de la valeur comptable fait de la Bourse le seul juge de paix et favorise la spéculation», indiquait Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’Axa sur le départ, à L’Expansion.

La question a aussi été posée à Ben Bernanke, président de la Fed, lors de son audition devant le Congrès le 28 février. L’incapacité de valoriser des actifs à leur valeur de marché «est l’un des plus gros problèmes que nous ayons dans l’environnement actuel», a reconnu le dirigeant. Mais pas question pour autant de décréter un moratoire sur l’application du mark-to-market, comme le demandait un parlementaire, car «le soupçon qu’il y a quelque chose à cacher grandirait chez les investisseurs», a répondu Ben Bernanke.

Le président de la Réserve fédérale a même contribué hier à alimenter les craintes de nouvelles provisions. Sa proposition - que les banques américaines réduisent le montant de leurs créances immobilières exigibles pour éviter aux emprunteurs de nouveaux retards de paiement ou des saisies - a envoyé les financières et les marchés actions au tapis.

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