Le phénomène des "Spac" suscite l'intérêt des banquiers et des Bourses

le 27/02/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Ces coquilles vides qui se cotent pour racheter des sociétés ont représenté un quart des IPO aux Etats-Unis en 2007. Le Nasdaq veut les attirer à lui

Faute d’introductions en Bourse d’envergure à se mettre sous la dent, et en attendant celle de Visa, banquiers d’affaires et places de marché ont trouvé une nouvelle martingale : les Spac, ou «special purpose acquisition companies». Connues aussi sous le nom de sociétés «chèque en blanc» outre-Atlantique, ces structures sont en fait des coquilles vides, dont le but est de lever de l’argent en Bourse en s’engageant à procéder, dans les 18 à 24 mois suivants, à une ou plusieurs acquisitions dont elles ne connaissent pas encore la nature. Si la société ne trouve pas de cible adéquate dans le délai imparti, elle restitue l’argent aux investisseurs.

C’est par l’une de ces structures, Freedom Acquisition, que le hedge fund britannique GLG Partners s’est fait racheter en 2007, accédant du même coup à la cote. Le phénomène touche aussi les marchés européens. Début février, une autre Spac, Liberty International, est venue lever 600 millions d’euros sur Euronext Amsterdam, qui s’est fait une spécialité de la cotation de fonds de capital-investissement ou de gestion alternative. Une opération effectuée non sans heurts, la société ayant dû réduire de 25 % la taille de son offre en raison des turbulences de marché. Il s'agit de la deuxième IPO du genre à Amsterdam, selon Euronext.

Cette forme de capital-investissement s’était déjà développée aux Etats-Unis au début des années 90, avant qu’une série de scandales n’en ternisse l’image. Mais elle connaît depuis 2003 un retour en grâce. Pour la seule année 2007, une cinquantaine de Spac sont venues lever des fonds outre-Atlantique pour un montant supérieur à 10 milliards de dollars. Ce qui représente tout de même un quart des introductions en Bourse réalisées l’an dernier en volume d’opérations, et environ 20 % des montants levés.

Plusieurs banques cherchent donc aujourd’hui à gagner cette nouvelle clientèle, en y affectant des collaborateurs dédiés, à l’image de Citigroup ou Deutsche Bank, conseils sur l’opération Liberty. Le 21 février, le Nasdaq a même annoncé qu’il allait modifier ses règles de cotation afin d’accueillir ces Spac, dont son concurrent, l’American Stock Exchange, est aujourd’hui le seul à profiter. Et qu’importe si certains observateurs estiment que pour l’investisseur final, miser sur de tels émetteurs revient vraiment à signer un chèque en blanc.

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