Merrill Lynch réoriente ses activités de taux

le 31/01/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque laisse de côté CDO et autres structurés de crédit, qui représentaient 15 % des revenus du fixed income avant que la crise ne gèle ce marché

Petit à petit, John Thain imprime sa marque sur les activités de Merrill Lynch. Le nouveau directeur général a indiqué hier devant des investisseurs que la banque allait abandonner les activités de titrisations complexes où elle s’est brûlé les doigts. « Nous ne serons plus présents dans les CDO (ndlr : collateralized debt obligations) et les activités de type crédits structurés », a lâché John Thain. Une décision symptomatique des bouleversements que la crise du crédit entraîne dans les banques d’investissement. Elle ne surprendra guère, le responsable de la recherche CDO ayant quitté le groupe mardi.

Le sacrifice devrait être tout relatif pour la banque américaine. Merrill Lynch, qui était devenu le plus gros arrangeur et émetteur de CDO dans le monde entre 2004 et 2006, s’est retrouvé avec des milliards de titres invendables dans ses livres l’an dernier lorsque le marché s’est fermé. La crise de l’immobilier à risque américain et des titres adossés à ce sous-jacent a forcé le groupe à enregistrer 24 milliards de dollars de dépréciations en 2007. Beaucoup plus que la part de 15 % que les CDO et produits structurés du même type apportaient, selon John Thain, aux revenus des métiers de taux (fixed income).

Le retrait de Merrill Lynch coule de toute façon de source, le marché des CDO étant désormais quasiment inexistant, et pour un moment encore. « La confiance sur les marchés de crédit reviendra à travers des émissions classiques de dette bancaire, puis corporate, et ne s’étendra qu’en toute fin aux produits plus sophistiqués comme les titrisations. Cela prendra beaucoup de temps, au moins jusqu’en 2009 », estime le responsable de l’origination d’une banque anglo-saxonne.

John Thain ne tire pas pour autant un trait sur ses ambitions dans la banque d’investissement : il veut figurer « dans le top 3 mondial au lieu du top 5 », a-t-il souligné hier. Mais cet objectif s’accompagne d’une remise à plat de la gestion des risques de la banque, avec un fonctionnement plus collégial des responsables d’activité, sur le modèle de son ancienne maison, Goldman Sachs. Le 17 janvier, le patron de Merrill a d’ailleurs débauché le patron des risques de Goldman Sachs, Noel Donohoe.

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