E.ON crée la surprise et propose de céder son réseau d'électricité en Allemagne

le 29/02/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Alors que Berlin et Paris s'opposent à Bruxelles sur le marché de l'énergie, le groupe joue un accord qui le dédouane d'actions anticoncurrentielles

Berlin a dû apprécier, Paris aussi : alors que l’Allemagne et la France s’opposent à la Commission européenne sur la libéralisation du marché de l’énergie en Europe, la compagnie allemande d'électricité E.ON a créé la surprise en se déclarant prête, jeudi, à céder son réseau de lignes haute tension en Allemagne pour se conformer aux demandes des autorités européennes de la concurrence.

La Commission européenne s'est félicitée de la proposition d'E.ON de céder son réseau de distribution ainsi que l'équivalent de 4.800 mégawatts de capacité de production. Mais il existe une contrepartie : "Aux termes de cette procédure, les engagements (pris par E.ON) seraient légalement contraignants, la Commission renoncerait à ses actions anticoncurrentielles à l'encontre d'E.ON", précise le communiqué de la société.

Les quatre principales compagnies d'électricité allemandes et la chancelière Angela Merkel étaient jusqu'à présent unies pour s'opposer aux demandes la Commission européenne. Vattenfall Europe, la filiale allemande du groupe suédois Vattenfall, a indiqué que toutes les options étaient à l'étude pour son réseau de distribution, y compris une cession. En revanche, RWE et Energie Baden-Wurttemberg, respectivement deuxième et troisième producteur d'électricité en Allemagne, ont réaffirmé jeudi leur intention de conserver leur réseau de distribution.

Le même jour, les ministres de l'Energie des Vingt-Sept étaient à Bruxelles pour déblayer le terrain sur ce dossier. A première vue, le blocage reste intégral. La Commission, appuyée par des pays comme la Suède, le Danemark, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, exige la "séparation patrimoniale" de la production et de la distribution, bien souvent la propriété des anciens monopoles qui empêcheraient les nouveaux producteurs d'utiliser leurs "tuyaux". Cela impliquerait l'éclatement des groupes verticalement intégrés qui détiennent à la fois des centrales électriques ou au gaz et un réseau de distribution, comme EDF.

Huit pays - France, Allemagne, Autriche, Bulgarie, Grèce, Luxembourg, Lettonie et Slovaquie - ont donc proposé une autre piste : la séparation effective de la production et de la distribution se ferait par les régulateurs nationaux garantissant le libre jeu de la concurrence. Le débat reste ouvert. La Commission n'a pas rejeté leur proposition et la présidence slovène a confirmé qu'elle restait sur la table.

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