«C’est bien la BCE qui détient la clé du taux de change»

le 10/03/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

souligne Laurent Bilke, économiste senior chez Lehman Brothers

L’Agefi : Quels sont les facteurs de soutien pour le dollar ?

Laurent Bilke : A court terme, le dollar pourrait bien s’affaiblir un peu plus. La Fed va continuer de baisser ses taux et nous allons avoir confirmation que les Etats-Unis sont entrés en récession début 2008. Mais dans la seconde partie de l’année, la double relance budgétaire et monétaire fera sentir ses effets positifs. A l’inverse, les autres économies, notamment en Europe, vont être entraînées à leur tour dans la tourmente. Le ralentissement du commerce mondial et le durcissement des conditions de crédit vont conduire à un ralentissement significatif de la croissance en Europe, contraignant la BCE à baisser ses taux. Et c’est bien cette dernière qui détient la clé du taux de change : dès qu’il deviendra clair que la BCE va enclencher un cycle de baisse des taux, l’euro aura atteint son plafond et se dépréciera - on en a eu une illustration (temporaire) début février quand la BCE a commencé à modifier son discours. Ensuite, le sentiment que la zone euro est plus dynamique que l’économie américaine va s’inverser, parce que la réaction des autorités budgétaires et monétaires américaines a été très agressive et parce que l’Europe met généralement plus de temps à redémarrer après un choc.

Compte tenu des signes de ralentissement économique au Royaume-Uni, quelles sont les perspectives de la livre face à l’euro à moyen terme ?

La livre atteint vraisemblablement un point bas à l’égard de l’euro. Les marchés ont déjà largement (trop ?) intégré l’idée que l’économie britannique allait être heurtée plus fortement par la crise. Il est vrai que l’ajustement du secteur immobilier ainsi que le poids plus élevé du secteur financier au Royaume-Uni plaident en ce sens. Mais la Banque d’Angleterre est très proche de la fin de son cycle de baisse (au moins pour 2008), parce que l’inflation est encore en phase d’accélération au Royaume-Uni alors que dans la zone euro, elle atteint un point haut, ce qui va donner des marges de manœuvre a la BCE.

A lire aussi