BNP Paribas perd sa cote d'amour

le 18/12/2008 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après ses pertes en BFI, la banque voit se réduire sa prime boursière vis-à-vis du secteur

Retour sur terre pour BNP Paribas. Alors que la banque de la rue d’Antin bénéficiait d’une certaine cote d’amour vis-à-vis des analystes et du marché – au motif qu’elle traversait la crise dans de meilleures conditions que ses concurrentes –, trois mauvaises nouvelles lui ont fait perdre ce bénéfice du doute: le blocage de l’acquisition de Fortis Banque et Fortis Insurance d’abord, l’exposition de 350 millions d’euros au scandale Madoff, puis l’avertissement sur résultat de sa banque d’investissement et de financement.

Les investisseurs ont renvoyé la banque à son arrogance passée: le titre a perdu jusqu’à 18,7% hier en journée, clôturant en baisse de 17,24%, à 34,22 euros. La prime dont bénéficiait l’établissement français – dont la banque de financement et d’investissement (BFI) affichait la deuxième performance mondiale en terme de résultat avant impôt sur les neuf premiers mois de l’année – par rapport à la moyenne du secteur (voir graphique) s’est réduite à une peau de chagrin.

Cette nouvelle n’est pas une totale surprise, dans la mesure où les dirigeants de BNP Paribas avaient annoncé, lors de la publication des comptes trimestriels début novembre, que la banque avait connu une baisse d’activité en octobre. «Tant que la crise était essentiellement financière, elle pouvait se targuer de la relative faiblesse de son exposition aux actifs toxiques. Mais on est passé à une autre phase dans laquelle l’ensemble des revenus des établissements sont entamés, et à laquelle il n’est pas possible d’échapper», explique Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW.

En outre, la banque est exposée aux dérivés actions, alors que les marchés ont été sujets à une forte volatilité. Ses concurrentes françaises Calyon et Société Générale avaient déjà réduit la voilure dans la BFI, notamment sur cette activité. Frédéric Oudéa, le directeur général de la Société Générale, a déclaré que ses activités de BFI avaient dégagé des revenus positifs en octobre et novembre (L’Agefi du 15 décembre).

«L’avertissement de BNP Paribas nuit à l’image défensive de son activité de BFI. Il confirme les inquiétudes quant au niveau des fonds propres tier one de la banque, dans la perspective d’un contexte difficile en 2009», note Jean-Pierre Lambert. La question de la solvabilité revient en effet comme un leitmotiv lancinant dans les propos des analystes. En outre, le report voire la renégociation du rachat de Fortis empêche la prise en compte, au moins à court terme, de son effet bénéfique sur le tier one de BNP Paribas (35 points de base). Les pressions des investisseurs en faveur d’une recapitalisation de la banque (qui affichait un ratio tier one de 7,6% à fin septembre) devrait repartir de plus belle. Plusieurs bureaux de recherche jugeaient hier que la probabilité du paiement du dividende en actions augmente.

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