Le plongeon des matières premières s'accentue

le 29/07/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dollar fort et craintes autour de la Chine font décaler les prix de plus de 10% en juillet.

L’indice Bloomberg Commodity Index plonge de plus de 10% sur le mois. Illustration La Graphique.

Le pétrole entre à nouveau dans un bear market. Le prix du baril de brut américain WTI, tombé hier à 47,1 dollars, est en recul de plus de 25% par rapport au point haut de l’année touché début mai. La dégringolade des cours, qui s’est accélérée en juillet et particulièrement ces derniers jours, touche toutes les matières premières. L’indice Bloomberg Commodity Index plonge de plus de 10% sur le mois. La correction touche par ricochet les devises émergentes et pèse sur les anticipations d’inflation.

Les cours du pétrole ont pâti ces dernières semaines d’un cocktail de facteurs négatifs: une réduction de 30% des positions longues spéculatives depuis mai, la remontée inattendue du nombre de stations de forage aux Etats-Unis ainsi que des stocks, l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, un niveau de production supérieur à l’objectif pour les pays membres de l’Opep, et enfin, les craintes sur la demande chinoise et la croissance mondiale.

La violente rechute des marchés actions en Chine le 27 juillet a d’ailleurs entraîné un décrochage de 2,56% des prix du WTI en séance ce jour-là. Les analystes de HSBC estiment cependant que le pire est passé pour l'or noir, et tablent sur un rebond au dernier trimestre. 

Au-delà du pétrole, «le ralentissement de la demande chinoise et les inquiétudes sur l’avenir ont fortement pesé sur les cours des matières premières depuis début juillet», explique François Duhen, économiste chez CM CIC Securities. Les aides massives débloquées par Pékin pour endiguer la chute des Bourses «sont autant de moyens qui ne seront pas destinés à soutenir directement la croissance chinoise. La perte de confiance dans la politique économique est de nature à renforcer l’épargne de précaution en pesant ainsi sur les perspectives de consommation», craint l’économiste.

D’autres effets sont à l’œuvre. L’affermissement du dollar lié à la perspective de remontée des taux de la Fed va généralement de pair avec une faiblesse des prix des matières premières, notamment de métaux précieux comme l’or. «Cette relation est renforcée par un effet boule de neige: le plongeon des matières premières industrielles a entraîné des ventes de devises liées comme les dollars australien et canadien, et soutient donc le dollar américain», expliquent les analystes commodities de Citi. Sur le mois, le billet vert gagne 4,5% face au «kiwi» et 3,3% face à la devise canadienne. «Les matières premières ont sans doute été utilisées comme un moyen de vendre le marché actions en Chine quand les autorités ont limité le trading», estiment ceux de Deutsche Bank. «Tout rebond des prix sera de courte durée, car les fondamentaux sont faibles», ajoutent-ils.

Le phénomène ne peut passer inaperçu des banques centrales. Aux Etats-Unis, les anticipations d’inflation à 5 ans mesurées par les points morts sont, à 1,40%, retombées à leurs niveaux de mi-mars. En zone euro, le taux de swap 5 ans dans 5 ans, référence de la BCE, est passé de 1,85% à 1,73% en juillet, mettant fin à la tendance haussière entamée depuis mi-janvier et l’annonce du programme d’assouplissement quantitatif (QE).

«Si cette tendance se maintenait, la Fed et la Banque d’Angleterre, qui sont en première ligne pour initier un durcissement de leur politique monétaire, pourraient temporiser», note François Duhen. L'économiste reste cependant convaincu à ce stade que les deux banques centrales agiront sans délais supplémentaires.

L’indice Bloomberg Commodity Index plonge de plus de 10% sur le mois. Illustration La Graphique.
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L’indice Bloomberg Commodity Index plonge de plus de 10% sur le mois. Illustration La Graphique.

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