La BCE reste prête à renforcer son QE

le 04/09/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Elle attend de voir si des effets négatifs et durables pour l'inflation se concrétisent.

La Banque centrale européenne (BCE) s’est montrée hier plus que jamais prête à agir et à renforcer, si nécessaire, son programme d’assouplissement quantitatif (QE) alors que la chute des prix du pétrole et le ralentissement économique dans les pays émergents l’ont poussée à revoir en baisse ses prévisions d’inflation et de croissance. Le QE a été modifié à la marge mais le ton accommodant du président de l’institution, Mario Draghi, a entraîné une baisse de l'euro et des rendements des titres souverains.

Hier, la parité euro/dollar est tombée à 1,11, alors qu’elle était montée jusqu’à 1,16 à la fin du mois d’août. Les rendements des titres d’Etat de la zone euro se détendaient tous de quelques points de base. Les principaux indices actions européens terminaient la journée en hausse, dont le CAC, à +2,17%.

Alors que les marchés financiers ont connu de fortes fluctuations ces dernières semaines sur fond d’inquiétudes pour la croissance chinoise, la BCE se montre très prudente et estime qu’il est «trop tôt» pour juger si les récents développements pourraient avoir un impact sur l’inflation. L’institution a toutefois déjà pris acte d’un ralentissement dû à la baisse des prix du pétrole. Elle a révisé ses prévisions à 0,1% en 2015, à 1,1% en 2016 et à 1,7% en 2017, tout en soulignant que, compte-tenu de l’actualité, l’inflation pourrait être encore plus faible que prévu. La BCE a aussi révisé ses prévisions de croissance, en raison du ralentissement des pays émergents, à 1,4% en 2015, à 1,7% en 2016 et à 1,8% en 2017.

Dans ce contexte incertain, le conseil des gouverneurs a de nouveau indiqué qu’il était prêt à agir en déclarant que le programme «devrait durer jusqu’en septembre 2016, voire au-delà, si nécessaire». Une formulation plus explicite que d’habitude. Il a aussi souhaité rappeler que le QE lancé en mars dernier offrait «suffisamment de flexibilité en termes d’ajustement de sa taille, de sa composition et de sa durée».

Hier, le conseil des gouverneurs n’a pas discuté d’une baisse du taux de dépôt ni d’une extension ou d’un renforcement de son QE. En revanche, il a décidé, pour faciliter sa mise en œuvre, de relever le plafond de titres que la banque centrale peut acheter pour chaque ligne obligataire, de 25% à 33%. L’institution vérifiera au cas par cas qu’elle n’est pas susceptible de détenir une minorité de blocage au sein des comités de créanciers. «C’est à nos yeux davantage une mesure technique qui reflète le fait et la crainte que la BCE pourrait rencontrer des difficultés pour atteindre sa cible mensuelle de 60 milliards d’euros d’achats de titres», écrit l’économiste d’ING, Carsten Brzeski. Selon lui, «la porte est ouverte pour davantage de QE».

«Nous interprétons aussi cette décision comme le signe que des mesures supplémentaires de QE pourraient être déployées», écrivent les économistes de Barclays. A leurs yeux, compte-tenu de la faiblesse de l’inflation et des révisions des prévisions à la baisse, la banque centrale «aura besoin d’assouplir davantage sa politique monétaire avant la fin de l’année». Un scénario jugé également de plus en plus probable par l’économiste de Citi, Guillaume Menuet. «Nous pensons qu’un abaissement du taux de dépôt pourrait toujours être une option, à côté de changements pour le programme d’achat de titres (en incorporant d’autres classes d’actifs ou en augmentant la taille des achats)», écrit-il.

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