L'institut Bruegel craint l'apparition d'une génération perdue en Europe

le 03/04/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les politiques d'ajustement budgétaire ont causé un transfert de richesse des jeunes vers les retraités. De quoi peser sur les perspectives de croissance à long terme.

Les jeunes ont été les premiers perdants des politiques d’austérité budgétaire dans l’Union européenne, en particulier dans les pays les plus touchés par la crise. Telle est la conclusion d’une étude publiée par le groupe de réflexion Bruegel. « Il y a maintenant un danger sérieux qu’une génération perdue se développe dans plusieurs pays membres, ce qui saperait les perspectives de croissance à moyen et long terme sur le continent», s’alarment Zsolt Darvas et Olga Tschekassin, les auteurs de l’étude.

Le think tank ne remet pas en cause la nécessité de l’ajustement budgétaire dans des pays comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne, où le déclenchement de la crise en 2007 a conduit à des déficits massifs et à une envolée rapide de la dette publique. «Il n’y avait pas d’autre alternative: c'est la vitesse et la composition de l’ajustement qui posent question», relève le rapport.

Or, de ce point de vue, deux faits sont à souligner. D’une part, dans plusieurs pays, la contrainte posée aux finances publiques par le sauvetage des banques. «Il a coûté très cher aux contribuables. Le sauvetage bancaire a limité les ressources budgétaires disponibles pour d’autres objectifs et a accru les besoins de consolidation fiscale», rappelle Bruegel. D’autre part, l’effort a été inégalement réparti selon les classes d’âge. «Bien que les dépenses sociales aient été relativement préservées par rapport à d’autres catégories de dépenses, il y a une redistribution des familles, des enfants et de l’éducation vers les retraités», souligne le rapport.

Bruegel met en avant le taux de privation matérielle grave, c’est-à-dire la part de la population n’ayant pas accès à des biens de base comme l’électricité ou des repas chauds. En 2013, dans l’Europe des Vingt-Sept, 11% des enfants étaient dans ce cas, contre 7% des retraités. L’écart entre les deux catégories n’était que de 2 points, sur des niveaux plus élevés (12% et 10%) en 2005, et s'est creusé après 2007.

L’étude prend une résonance particulière dans un contexte de remontée du risque politique en Europe et de victoire électorale du parti anti-austérité Syriza en Grèce. Dans sa liste de réformes envoyée à ses partenaires européens, Athènes prévoit d'ailleurs plusieurs mesures de soutien pour les retraités, dont le rétablissement d'un 13e mois de pension pour les «seniors» pauvres qui coûterait 600 millions pour 2015, mais rien pour les jeunes ou l'éducation.

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