Les banques retrouvent le goût de prêter

le 20/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le succès de la troisième TLTRO de la BCE présage d'une amélioration de la distribution de crédit.

La Banque centrale européenne à Francfort © ECB Robert Metsch
(© ECB Robert Metsch)

Un peu plus de 140 banques ont emprunté hier 97,85 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE) à l’occasion de la troisième opération de refinancement à long terme ciblée sur le financement de l’économie réelle (TLTRO). Cet engouement n’avait pas été anticipé par les analystes qui tablaient en moyenne sur une demande de 40 milliards d’euros. Le succès de l'opération reflète déjà une amélioration des conditions de crédit dans la zone euro et présage d’une poursuite de cette tendance.

Le lancement de huit TLTRO jusqu’à l’été 2016, à raison d'une par trimestre, avait été annoncé en juin dernier par la BCE pour augmenter son bilan et améliorer la transmission de la politique monétaire en encourageant les banques à prêter à l’économie réelle. Contrairement aux précédentes opérations de refinancement à long terme, les TLTRO, qui arrivent toutes à maturité en septembre 2018, permettent aux banques d’emprunter à bas coût d’autant plus d’argent qu’elles prêtent aux entreprises et aux ménages (les prêts à l’habitat sont exclus des calculs).

Lors des premières opérations réalisées en septembre et décembre, les banques avaient emprunté respectivement 82,6 et 129,84 milliards d’euros. Des montants relativement faibles qui ont contraint le conseil des gouverneurs de la BCE à revoir à la baisse les espérances qu’il avait fondées sur ces opérations et qui ont contribué à l’annonce du lancement d’un programme d’achats de titres publics (QE).

«Les banques sont enfin devenues avides d’argent frais et de la liquidité très peu chère de la BCE, en dépit du programme d’assouplissement quantitatif», se félicitait hier Johannes Gareis chez Natixis. Le résultat de la troisième TLTRO «est un bon signal pour l’économie et devrait soutenir la distribution de crédits alors que les banques devraient répercuter leurs très faibles coûts de financement sur les prêts aux entreprises et aux ménages», écrit-il. La BCE a décidé de ramener le coût de financement des banques lors des TLTRO de 0,15% à 0,05% en janvier. «Cette décision a probablement soutenu la demande de l’opération d’aujourd’hui, notamment pour les banques qui sont toujours dépendantes du financement de la BCE», explique Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole CIB. Les banques des pays dits «périphériques» devaient avoir largement participé à l'opération.

«Les banques ont pu emprunter davantage, uniquement parce que les flux de crédit se sont déjà améliorés sur les neuf mois passés», insiste Frederik Ducrozet. Alors que, lors des deux opérations précédentes, les banques pouvaient emprunter jusqu’à 7% de leurs encours de prêts sur une période donnée, cette troisième LTRO leur permettait d’emprunter en fonction de leur distribution nette de crédit sur une période de référence.

«Cette demande reflète une confiance plus importante dans la capacité des banques à prêter», poursuit Frederik Ducrozet. Celles qui participent au LTRO mais ne respectent pas leurs objectifs de distribution de prêts devront en effet rembourser leurs emprunts en septembre 2016 de manière anticipée à la BCE. L’engouement des banques pour la dernière TLTRO semble indiquer qu’elles ne s’attendent pas à devoir le faire.

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