Les rendements négatifs gagnent la dette corporate

le 09/02/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Nestlé a été le premier à voir le rendement de l'un de ses titres entrer en territoire négatif.

Le rendement de l’obligation Nestlé oct. 2016 euro a chuté à -0,008%. Photo Bloomberg.

Les rendements négatifs commencent à se propager à l’univers des obligations «corporates». Avec une courbe de taux des emprunts d’Etat négative jusqu’à la maturité 13 ans en Suisse, jusqu’à 7 ans en Allemagne et jusqu’à 5 ans en France du fait de la mise en place de politiques monétaires ultra-accommodantes de la BCE et de la BNS, quelques obligations d’entreprises bien notées et de maturités courtes ont déjà vu leur niveau de rendement passer en territoire négatif. Une quinzaine d’autres sont proches de franchir le cap.

L’obligation Total d’échéance janvier 2016 libellée en franc (CHF) notée «AA-» affiche ainsi déjà un fort rendement négatif de -0,621%. Mais la dette en euro est également concernée, le titre Nestlé octobre 2016 euro ayant quant à lui vu son rendement chuter à -0,008%, alors qu’il était encore de +0,60% début 2014. Le rendement de l’obligation Shell de maturité septembre 2016 (AA) a également chuté à -0,042%, et celle d’Unilever (A+) septembre 2015 à -0,052%.

«Avec la chute des taux en territoire négatif et le resserrement constant des spreads, les rendements de nombre obligations se rapprochent de zéro. Ce processus est en plein essor et ne semble pas près de s’arrêter», estime SG CIB. L’obligation Pfizer (A1 / AA) mars 2016 affiche un rendement de seulement 0,001% et est déjà tombée dans la catégorie que les anglo-saxons appellent «ZYNY» (zero yield - negative yield).

Avec elle, RBS répertorie une quinzaine d'obligations dont le rendement est actuellement compris entre 0 et 0,10% et qui pourraient ainsi basculer prochainement en zone négative. Parmi ces émetteurs, plusieurs français sont concernés, tels qu’EDF, GDF Suez, Air Liquide ou Sanofi-Aventis, alors que Novartis et Roche sont dans le même cas du côté des émetteurs suisses, BASF, Man et RWE du côté allemand, et même Toyota Motor Credit côté japonais.

«Cette plongée des rendements en négatif est due non seulement aux taux d’intérêt négatifs mais également à la rareté des actifs, et notamment de ceux de haute qualité disponibles sur le marché», explique RBS. Sur les maturités de 1 à 3 ans, le rendement moyen de la dette d’entreprises en euro est tombé à 0,24% pour les meilleures notations «AAA» et «AA» et à 0,40% pour les «A», selon les chiffres de SG CIB. Sur les maturités de 3 à 5 ans, les titres notés «AAA» bénéficient d’un rendement de 0,30%, et de 0,44% et 0,60% pour ceux notés «AA» et «A». «Ce phénomène pourrait se généraliser sur les obligations corporates de rating minimum 'A+' sur des maturités allant jusqu’à 2 - 3 ans, sous l’impact du programme de QE de la BCE et du taux de dépôt négatif de -0,20%», estime ainsi Marnik Hinnekens, responsable de la recherche crédit chez Tullett Prebon à Paris.

Les titres d'entreprises libellés en euro notés «AA» offrent toujours un rendement moyen supérieur aux obligations d’Etat allemandes de référence d’environ 45 pb sur les maturités inférieures à 3 ans, de 60 pb sur celles entre 3 et 5 ans, de 70 pb entre 5 et 7 ans, de 110 pb entre 7 et 10 ans et de plus de 160 pb sur celles supérieures à 10 ans.

«Rappelons que les rendements négatifs constatés concernent seulement la partie offreuse [sur la fourchette bid-ask]. En d’autres termes, les traders et investisseurs n’achètent pas les obligations à des taux négatifs mais sont seulement préparés à les voir passer en territoire négatif», précise Jeroen van den Broek, responsable de la stratégie de crédit chez ING.

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