La zone euro place la Grèce au pied du mur

le 06/02/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Francfort et Berlin n'entendent pas céder un pouce de terrain face aux revendications du gouvernement Tsipras.

Le gouvernement Tsipras se retrouve au pied du mur. Alexis Tsipras, Premier ministre grec © European Union EP

Un effondrement des valeurs bancaires à Athènes et des taux à 10 ans qui repassent au-dessus de 10%: la réaction des marchés a été violente hier, à l’annonce que la BCE ne prendra plus à partir du 11 février les emprunts d’Etat grecs en garantie de ses opérations de refinancement. Le gouvernement Tsipras, qui voulait se laisser jusqu’à juin pour discuter avec ses partenaires européens, se retrouve au pied du mur. Et l’échange glacial entre les ministres des Finances grec et allemand, Yanis Varoufakis et Wolfgang Schäuble, hier, montre que Berlin n’est pas prêt à céder un pouce de terrain.

En pratique, la décision surprise de la BCE ne bouleverse pas dans l’immédiat la liquidité des banques grecques. A fin 2014, le secteur empruntait 56 milliards d’euros auprès de l’Eurosystème, soit 14% de ses actifs, mais «le cash reçu au repo de la BCE grâce aux emprunts d’Etat grecs, après décote, n’est que de 10-15 milliards», estime Frédérik Ducrozet, économiste chez CA CIB.

Une grosse partie provient des 25 milliards d’euros d’obligations garanties par l’Etat, qui ne seront de toute façon plus éligibles au guichet BCE après le 28 février. Par ailleurs, «le secteur a 38 milliards d’euros d’obligations du FESF qui restent éligibles au repo de la BCE, rappellent les analystes de Credit Suisse. Nous pensons que cette liquidité est suffisante, malgré les retraits de dépôts des derniers mois.»

Pour le reste, le collatéral mobilisé auprès de la BCE pourra être utilisé à la ligne de liquidité d’urgence (ELA) de la Banque de Grèce. Cela avait déjà été le cas en 2012, au pic de la crise, où l’encours d’ELA avait dépassé 120 milliards.

La mesure n’est cependant pas indolore. La ligne d’urgence coûte 155 pb, contre 0,05% pour le guichet de la BCE. La décision de la banque centrale pourrait aussi accélérer la fuite des dépôts en Grèce.

Pour Frédérik Ducrozet, «la BCE prend un risque, mais c’est une décision politique calculée, afin de pousser le gouvernement grec et les dirigeants de la zone euro à trouver un accord dans les deux prochaines semaines». Soit avant l’expiration du programme d’aide au pays le 28 février. Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs, a indiqué hier que la BCE accepterait à nouveau de manière dérogatoire les obligations grecques à son guichet si un nouveau programme était négocié.

Les ministres des finances de la zone euro pourraient se réunir le 11 février, à la veille d’un sommet des chefs d’Etat. Un consensus semble cependant difficile à obtenir d’ici là, alors qu’Athènes a braqué ses partenaires en jetant aux orties le programme d’aide existant et en refusant toute ingérence de la troïka UE-FMI-BCE. «Nous sommes d’accord sur nos désaccords», a indiqué hier Wolfgang Schäuble. «Nous ne sommes même pas d’accord là-dessus», a répondu Yanis Varoufakis.

D’ici là, la BCE garde la main. «L’ELA répond à de stricts critères et ne s'adresse qu'à des banques solvables, pour le court terme», a rappelé hier Jens Weidmann, président de la Bundesbank. «Les limites à l'ELA seront plus strictes qu'en 2012» prévient Nomura, pour qui «le plan du gouvernement grec de se financer jusqu'en mai avec des bons du Trésor eux-mêmes financés grâce à l'ELA paraît très éloigné».

Le conseil des gouverneurs de la BCE, à la majorité des deux tiers, peut à tout moment couper une ligne d’urgence. Nul ne croit à ce stade la banque centrale capable d'appuyer sur le bouton nucléaire, même en l’absence d’accord avec Athènes d’ici à mars: cela équivaudrait à précipiter une sortie du pays de la zone euro. Une décision politique que Francfort ne peut prendre seul.

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