La BCE accroît la pression sur Athènes

le 05/02/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'institut ferme son guichet central aux banques grecques en jouant sur le collatéral.

Le nouveau ministre grec des finances Yanis Varoufakis s’est lancé dans une tournée européenne. Photo Bloomberg.

Alors que les dirigeants grecs poursuivent leur tournée des capitales européennes, avec une rencontre prévue aujourd’hui entre Yanis Varoufakis, ministre de l’Economie, et son homologue allemand Wolfgang Schaüble, le sort du pays se joue aussi à Francfort, comme en 2012. La BCE a annoncé hier soir qu'elle modifiait les critères de notation de crédit en matière de collatéral pour les titres émis ou garantis par Athènes. Pour leur refinancement, les banques grecques devront se tourner vers la ligne de liquidité d’urgence (ELA) de la Banque de Grèce.

«La BCE doit soutenir nos banques pour que nous puissions surnager en émettant de la dette publique à court terme», a plaidé hier Yanis Varoufakis dans un entretien à Die Welt. Le grand argentier grec décrit un mécanisme bien huilé: Athènes émet des bons du Trésor qui peuvent ensuite être apportés en collatéral au refinancement banque centrale. Les banques grecques ne peuvent cependant en mobiliser plus de 3,5 milliards auprès de la BCE.

La prise en pension des actifs grecs dans l’Eurosystème est autorisée, s’agissant d’un émetteur noté en «high yield», seulement parce que la Grèce se soumet à un programme d’aide internationale. La BCE avait d’ailleurs suspendu cette facilité au moment des élections grecques de juin 2012, et jusqu’en décembre 2012.

Aujourd’hui, dans le cadre de son programme d’aide, la Grèce «roule» un stock de 15 milliards d’euros de bons du Trésor. Hier, pour la première fois depuis la victoire de Syriza dans les urnes, elle a levé 812,5 millions d'euros de T-bills à 6 mois à un rendement de 2,75%, en hausse de 45 pb. La demande a été faible. Athènes souhaiterait porter le plafond autorisé à 25 milliards d’euros, mais dépend du bon vouloir de la BCE. Une nécessité, selon les économistes. «Les émissions de T-bills devraient augmenter de 5 milliards d’euros simplement pour permettre au pays de se financer jusqu’à fin mars», calcule Nomura.

La question du collatéral des banques grecques va cependant bien au-delà des bons du Trésor. Elles mobilisent 25 milliards d'euros grâce à des obligations garanties dites pilier 2 et 3, des titres que la BCE devait cesser d’accepter à compter du 1er mars, quand le programme d’aide à la Grèce expirera. La BCE a pris les devants en annonçant hier soir qu'elle levait sa dispense d'exigences de notation de crédit pour les instruments négociables issus ou garantis par la Grèce, y compris la dette bancaire garantie, dans la mesure où il n'est plus possible de prévoir une conclusion positive de l'examen du programme. En conséquence, ces titres ne peuvent plus servir de collatéral. Ces restrictions entreront en vigueur le 11 février.

Malgré la fermeture du guichet BCE, les banques grecques peuvent se tourner vers la Banque de Grèce grâce à l’ELA. «La baisse des dépôts et l’absorption du financement de l’Etat par les banques augmenteront les besoins d’ELA», souligne Nomura. Cette ligne de liquidité d’urgence est fournie par une banque centrale nationale à ses risques et périls, à condition que le conseil des gouverneurs de la BCE ne s’y oppose pas. La Banque centrale européenne l'avait déjà permis en 2012, pour des montants ayant culminé à 124 milliards, en même temps qu’elle arrêtait d’accepter le papier grec à ses propres opérations.

Le conseil des gouverneurs se penche sur la question toutes les deux semaines. La BCE a  déjà confirmé hier soir la validité du dispositif ELA. En sera-t-il de même après le 28 février ? L’octroi d’une ligne d’urgence n’est pas lié juridiquement à l’existence d’un programme d’aide, comme l’a prouvé l’exemple de 2012. Mais «le scénario le plus difficile serait que le financement ELA ou la hausse du stock de T-bills ne soit possible qu’avec une extension formelle du programme, ce que le gouvernement grec veut éviter», note Nomura.

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