Le QE de la BCE dépasse les attentes du marché

le 23/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les rendements des obligations d'Etat de la zone euro devraient s’enfoncer en territoire négatif.

Mario Draghi, président de la BCE © European Union EP

La BCE a une nouvelle fois été au rendez-vous. En annonçant hier un programme de rachats d’obligations publiques et privées de 60 milliards d'euros par mois de mars 2015 à septembre 2016, soit plus de 1.100 milliards d'euros, la BCE a déclenché une réaction positive sur l’ensemble des marchés. La parité de l’euro contre dollar est ainsi symboliquement passée sous le seuil de 1,15 pour la première fois depuis le mois de novembre 2003. Depuis son point haut de 1,39 atteint en mars 2014, elle accuse désormais une correction de 17,5%.

Si ces mesures avaient ainsi déjà été en partie intégrées dans le cours de l’euro avant la décision d’hier, «la taille du programme et le fait qu’il puisse être étendu jusqu’à ce que l’inflation atteigne sa cible devraient mettre l’euro à nouveau sous pression baissière comme le montre l’exemple japonais», estime HSBC. Malgré la taille historique du programme de rachats d’actifs rallongée à nouveau par la BoJ, la devise nipponne s’est renforcée de 10% contre euro depuis début décembre.

Outre le yen, ce sont le real brésilien, le peso mexicain, le dollar australien et le rand sud-africain, c’est-à-dire les devises qui bénéficient des niveaux de bêta les plus élevés, qui ont le plus rebondi face à la monnaie unique suite à l’annonce de la BCE. «Les détails opérationnels du programme sont moins importants pour les devises internationales, dans la mesure où l'essentiel est que la BCE injecte davantage de liquidités dont une partie devrait se diriger hors de l’Europe vers des actifs à plus forts rendements», explique Citigroup.

Sur le marché obligataire, la réaction a également été extrêmement positive avec des rendements des obligations d’Etat à 10 ans qui sont tombés à leurs plus faibles niveaux historiques en France, en Italie et en Espagne, à respectivement 0,61%, 1,58% et 1,42%. Le taux portugais reculait de quant à lui plus fortement de 15 pb à 2,60%. Mais c’est le taux grec à 10 ans qui accusait la plus forte baisse de 47 pb à 8,60%, Mario Draghi ayant indiqué que les titres du pays seront intégrés dans le programme à partir de juillet après les remboursements de ceux hérités du programme SMP.

«Les rendements vont être tirés encore davantage en territoire négatif», rappelle Citigroup, la maturité des titres inclus dans le programme s’étalant de 2 à 30 ans, y compris ceux ayant déjà un rendement négatif. Avant l’annonce d’hier, Natixis estimait que 56% des lignes d’obligations allemandes affichaient déjà des rendements négatifs. Cette proportion passe à 33% pour la dette française, alors que les obligations périphériques ne sont pas encore concernées.

Si certains économistes doutent de l’efficacité de ces mesures sur la croissance et l’inflation en zone euro, le marché des obligations indexées a lui aussi réagi positivement. Le taux de swap inflation euro 5 ans dans 5 ans remontait hier de 8 pb à 1,75% et de 25 pb depuis son point bas de 1,48% atteint la semaine dernière. Le point mort des obligations indexées allemandes à 10 ans est remonté de 32 pb depuis deux semaines. «L’impact de cette décision dépendra de l’efficacité de la BCE à relever les anticipations d’inflation et donc à faire chuter les taux d’intérêt réels», rappelle ainsi BNP Paribas.

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