La Banque nationale suisse affole les marchés

le 16/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'abandon sans préavis du cours plancher de 2011 a endommagé la crédibilité de la banque centrale.

Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.

La Banque nationale suisse (BNS) a créé la surprise, voire la panique hier sur les marchés en abandonnant le cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro qui avait été mis en vigueur au mois de septembre 2011 pour lutter contre la surévaluation du franc. L’euro a décroché face à la devise suisse avant que la parité ne se stabilise dans l’après-midi autour de 1,03 franc pour un euro. La Bourse suisse a chuté de 8,67% alors que la force du franc pourrait menacer les exportateurs locaux.

«Les disparités entre les politiques monétaires menées dans les principales zones monétaires ont fortement augmenté ces derniers temps et pourraient encore s’accentuer», souligne la BNS dans un communiqué. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) devrait annoncer le lancement d’un programme d’assouplissement quantitatif dès le 22 janvier prochain, l’euro ne cesse de baisser face au dollar. Le cours était à 1,16 hier, contre 1,25 il y a un mois. Cette baisse «a également conduit à une dépréciation du franc face au dollar», ajoute la BNS pour justifier son action.

Pour «amortir les effets de la suppression du cours plancher», la BNS a abaissé de 50 points de base le taux d’intérêt appliqué aux dépôts de certains acteurs dont les banques et les compagnies d'assurance. Il passera à -0,75% à partir du 22 janvier prochain. A la mi-décembre 2014, la banque centrale avait pourtant promis d'introduire en janvier un taux d’intérêt négatif à -0,25% pour «renforcer» le cours plancher. Celui-ci était encore présenté à l’époque comme «l’instrument central pour prévenir le durcissement inopportun des conditions monétaires qu’entraînerait une dépréciation du franc». La communication de la BNS «devrait avoir endommagé la crédibilité des banques centrales», réagissent les économistes de Natixis.

«Cela ne fait pas de sens de mener une politique qui n’est pas soutenable et qui ne peut pas être menée sans des interventions constantes sur le marché», a défendu le président de la BNS, Thomas Jordan lors d’une conférence de presse, alors qu'il affirmait l'inverse en décembre. «Il est mieux de le faire maintenant [abandonner le plancher, ndlr] que dans six ou douze mois quand cela sera plus douloureux», a-t-il justifié.

«En abolissant le plancher, la BNS n’est plus forcée d’intervenir, une stratégie qui est devenue de plus en plus contestée politiquement, comme l’a montré l’organisation du référendum sur l’or l’année dernière», souligne Daragh Maher, stratégiste change chez HSBC. Pour maintenir son plancher la BNS a accumulé les réserves de change qui sont passées de 200 milliards de francs suisses à la mi-2011 à près de 500 milliards (dont 45% en euro), soit 70% du PIB national. Une nouvelle dépréciation de l'euro à l'avenir contraindrait la banque centrale à enregistrer de fortes pertes - qu'elle a prises en partie hier - sur son portefeuille.

«L’appréciation du franc équivaut à des prix d’importations plus bas, un regain de pression à la baisse sur l’inflation suisse, et cela va remettre en cause la compétitivité des exportateurs suisses», s’inquiète cependant l’économiste de BNP Paribas Evelyn Herrmann. La BNS prévoit que l’inflation devrait reculer de 0,1% en 2015. Elle estime cependant que «la chute du cours du pétrole stimulera la croissance à l’échelle mondiale et influera ainsi positivement sur l’évolution conjoncturelle en Suisse».

En décembre, la banque tablait sur une croissance du PIB d’environ 2% pour cette année.

Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.
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Décrochage de l’euro face au franc suisse puis stabilisation autour de 1,03 CHF. Illustration L’Agefi.

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