La Russie compte sur son matelas de réserves pour éponger la crise

le 18/12/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Avec 360 milliards de dollars de réserves de change et une bonne liquidité des entreprises, les risques sur les tombées de dette restent circonscrits sur 2015

En refusant d’imposer un contrôle des changes, les autorités russes sont contraintes de puiser dans leurs réserves de change. Pour enrayer la chute du rouble, qui revenait hier à 62 contre dollar, après s’être déprécié à près de 80 mardi, la banque centrale (CBR) a cédé hier une partie de son stock de surplus de réserves, estimé à 7 milliards de dollars par Reuters. Malgré la flexibilité du rouble qui réduit les pertes de change, «les risques de fuite de capitaux, de baisse continue du prix du pétrole et de fermeture des marchés de capitaux internationaux suggèrent que la Russie devra de plus en plus puiser dans ses réserves de change pour soutenir ses marchés et son économie», estime BNP Paribas.

Si elles ont fondu de 21% depuis le début de l’année du fait des interventions répétées de la CBR, à 360 milliards de dollars, les réserves de change russes restent néanmoins suffisantes pour couvrir les 130 milliards de dette externe souveraine et corporate arrivant à maturité d’ici à la fin de l’année prochaine. Les 24 émetteurs russes en euros détiennent 85 milliards de dollars de trésorerie cumulée et ont dégagé 135 milliards de revenus de change et 63 milliards de cash flows libres, pour une dette à court terme limitée à 56 milliards. Le système bancaire dispose quant à lui de 290 milliards de dollars de ressources liquides, dont 60 milliards en devises étrangères, pour couvrir les 44 milliards arrivant à maturité sur 2015.

Contrairement à mi-2008 où il se montait à 600 milliards de dollars, le niveau actuel des réserves est bien inférieur aux 678 milliards d’obligations totales sur le marché. Or, Moscou prévoit 143 milliards de dépenses de change sur 2015, dont 85 milliards pour soutenir le rouble, 50 milliards pour alimenter les banques en dollars, et 8 milliards pour les recapitaliser. La dépendance du secteur bancaire aux financements de la CBR s'est en outre renforcée pour atteindre une part de 15%, avec une hausse des besoins liés à la fermeture de leur accès aux marchés, alors que le pool de collatéral s'est réduit.

«Pour éviter une dollarisation de l’épargne et restaurer la confiance dans le rouble, les autorités devront prendre d'autres mesures : de nouvelles hausses de taux plus importantes, des interventions sur le marché des changes, et l’introduction d’une forme de contrôle des capitaux», estime BNP Paribas.

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