Les marchés apprécient mal le risque politique

le 11/12/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'annonce d'une élection présidentielle anticipée a fait dévisser la Bourse d'Athènes de 13,7% en deux jours. Le risque était pourtant sur les radars.

La correction brutale du marché actions grec depuis deux jours illustre la difficulté des marchés financiers à appréhender le risque politique. L’annonce d'une élection présidentielle anticipée de deux mois, avec un premier tour avancé au 17 décembre, a suffi pour faire dévisser l’indice actions d’Athènes de 13,7% en deux séances, aidé par des dégagements de hedge funds.

Le retour d’un risque politique en Grèce début 2015 était pourtant prévisible depuis des mois : l’élection présidentielle était programmée pour février, et le gouvernement de coalition grec ne dispose que d’une majorité de cinq sièges.

«25% des investisseurs que nous avons interrogés plaçaient la Grèce en tête des risques politiques les plus élevés pour 2015», rappelait hier Alberto Gallo, stratégiste chez RBS. Les marchés obligataires avaient d’ailleurs en partie pris en compte cet automne la dégradation du flux de nouvelles en provenance d’Athènes. Les longues négociations avec la Troïka sur la fin du plan d’aide internationale, et l’ambiguïté entretenue par le gouvernement grec sur ses intentions, avaient fait passer le rendement à 10 ans de 5,47% le 8 septembre à 8,64% le 16 octobre, lors de la mini-correction intervenue ce mois-là. Hier, le taux à 10 ans se tendait de 39 points de base à 8,34%. La courbe des taux grecs s’est même inversée, avec un rendement de 9,40% pour les obligations à 3 ans émises en juillet. Une situation anormale généralement associée à une perspective de défaut de l’émetteur.

Le troisième tour de l’élection du président grec par le parlement aura lieu le 29 décembre. Si le candidat du gouvernement ne parvient pas à recueillir 180 votes sur 300, des législatives auront alors lieu début 2015, alors que le parti Syriza, à gauche, est donné en tête des sondages. D’ici là, la volatilité sur les taux devrait perdurer. Elle s’est étendue hier, de manière modérée, aux taux 10 ans portugais (+11 pb à 2,91%).

La myopie des marchés, au moins sur les actions, rappelle celle qui avait prévalu lors du référendum écossais. Le risque d’une victoire des indépendantistes avait été pris en compte à quelques jours seulement du scrutin. De quoi augurer d’autres pics de volatilité en 2015, année d’élections en Espagne, en Grande-Bretagne et au Portugal.

Le premier rendez-vous important est fixé au 14 janvier, quand l’avocat général de la Cour de justice européenne rendra ses conclusions sur l’OMT, le programme d’achats d’actifs annoncé en 2012 par la BCE.

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