La Banque du Japon replonge le yen dans une spirale baissière

le 05/11/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Aidé par la faiblesse des positions vendeuses, le yen est revenu sur ses niveaux de fin 2007 contre dollar depuis l'annonce de la BoJ vendredi.

La BoJ a une nouvelle fois frappé. La hausse des rachats d’actifs à 80.000 milliards de yens (570 milliards d’euros) par an annoncée en fin de semaine dernière par l’autorité a propulsé l'indice actions japonais Topix à son plus haut niveau depuis 6 ans et le yen à son plus bas depuis près de 7 ans contre dollar. L’indice affiche une hausse de 7% en deux séances et de 16% depuis mi-octobre. La réallocation de la politique d’investissement du fonds de pension japonais (GPIF) permettra d’injecter 21.300 milliards de yens sur le marché actions, dont 9.800 milliards sur les actions domestiques.

Parallèlement, le yen a chuté de 4,5% contre dollar depuis vendredi pour dépasser les 114 pour la première fois depuis décembre 2007. Cette chute, qui atteint 12,5% depuis mi-juillet, n’est pas seulement liée au rebond du dollar suite à la fin du «tapering» de la Fed et aux bons chiffres du PIB américain, en hausse de 3,5% au troisième trimestre. Le yen a également reculé de 3,5% contre euro depuis vendredi, à 142,35, à 2% du plus bas historique de fin 2013.

Le marché des options estime à 29% la probabilité de voir la parité dollar-yen repasser sous les 109,59 d’ici trois mois et à 32% celle qu’elle franchisse les 114,37, selon Barclays. Avant l'annonce de la BoJ, les positions spéculatives vendeuses sur le yen s'étaient réduites la semaine dernière à leur plus faible niveau depuis mi-juillet. Natixis estime que le yen devrait tomber à 115 puis à 118 contre dollar à horizon fin 2014 et 2015, mais se redresser de 4% contre euro d’ici un an.

L’efficacité de ces mesures sur l’économie réelle reste néanmoins incertaine. «La dépréciation du yen accroît fortement les prix des importations, ce qui réduit le pouvoir d’achat des salariés et la consommation», alors que «les exportations du Japon sont très peu sensibles à leurs prix», rappelle Natixis qui estime ainsi paradoxalement que «le Japon a besoin d’un yen fort». Le déficit extérieur s’est creusé à 1.070 milliards de yens fin septembre avec une hausse des importations de 3% sur un an.

La BoJ espère néanmoins que ces mesures permettront à la fois de procéder à la deuxième hausse du taux de TVA à 10% en octobre 2015, mais surtout de permettre à l’inflation d’atteindre son objectif de 2%. «L’assouplissement monétaire agressif de la BoJ et la résurrection de la demande des fonds domestiques devraient soutenir l’économie japonaise et accroître les chances d’une sortie de déflation définitive», estime SG CIB.

A lire aussi