La réforme du marché du carbone se précise

le 27/10/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Pour réduire de 40% les émissions à 2030, l'Europe veut à la fois préserver la compétitivité et faire remonter le prix du carbone.

Le «paquet» climat scellé tard dans la nuit jeudi dernier ne présente guère de surprise en ce qui concerne les objectifs: -40% d’émissions de CO2 en 2030 par rapport à 1990, 27% d’énergies renouvelables dans l’énergie-mix et une amélioration de l’efficacité énergétique de 30%. En attendant, Bruxelles va engager la réforme du principal instrument de cette politique: le système d’échange de quotas d’émission de carbone. «Le prix est l’élément central», rappelait une source allemande avant le sommet ; or autour de 5 euros, «il a perdu son effet incitatif».

L’équipe Juncker, qui prendra ses fonctions à la Commission européenne le 1er novembre, devra gérer le dilemme: faire remonter le prix, sans pénaliser l’industrie européenne. La décision de jeudi soir donne quelques clés mais pas toutes les réponses.

D’abord le plafond d’émission va continuer à être abaissé de 1,74% puis de 2,2% à partir de 2021. Les Vingt-Huit ont également entériné la création d’un «instrument pour stabiliser le marché» sur lequel la Commission commencera le travail technique dans les semaines à venir. Mais parallèlement, l’attribution de quotas gratuits sera poursuivie après 2020 «tant qu’aucun effort comparable n’est entrepris par d’autres grandes économies». «Cela devrait rassurer les industriels, d’autant plus que l’on pourrait proposer d’évaluer les risques de fuite carbone de manière plus harmonisée notamment sur les coûts indirects et leurs compensations», souligne Emilie Alberola, chef du pôle marchés du carbone de CDC Climat Recherche.

Sous la pression notamment de la Pologne, la solidarité entre Etats sera également renforcée avec l’attribution de quotas gratuits (jusqu’à 40%) au-delà de 2020, l’attribution de 10% des quotas aux pays les moins riches et la création d’une réserve de 2% du total des quotas.

«Ces conclusions sont positives, elles confortent le rôle du marché du carbone tout en introduisant des éléments nouveaux», estime Emilie Alberola. De là à pouvoir parier sur une remontée du prix du carbone, il y a un pas, car le développement des sources renouvelables ou l’amélioration de l’efficacité énergétique pèsent sur les volumes d’émission. «La coordination entre politiques est un sujet majeur et là, la Commission doit encore préciser sa stratégie et sa méthode en matière de gouvernance», explique l’analyste.

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