Les marchés corrigent une partie de leurs excès

le 20/10/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le spread des rendements grecs à 10 ans contre le Bund allemand chutaient de 90 pb vendredi.

Repli des rendements périphériques après la correction. Illustration L’Agefi.

Que reste-t-il de la panique qui s’est emparée des marchés la semaine dernière ? Si les investisseurs ont corrigé vendredi une partie de leurs excès du milieu de semaine, avec un léger bond des rendements américains et des pays cœur de la zone euro et un repli des rendements périphériques, la correction est encore loin d’être effacée. Plusieurs membres de la BCE ont tenté de réactiver le «Draghi put» mais la pression allemande reste forte, alors que les membres de la Fed semblent plus que jamais divisés sur le début de la normalisation monétaire.

Un montant record de 5,7 milliards de dollars nets a été sorti des marchés actions européens sur la semaine achevée mercredi dernier, avant le gros de la correction, selon les chiffres d'EPFR. Au niveau mondial, les sorties nettes sur les fonds actions ont atteint 2 milliards, alors que les obligations d’Etat ont bénéficié d’entrées de 3,2 milliards. «Compte tenu des risques 'nouveaux' anticipés par le marché (ralentissement global plus marqué que prévu qui n’épargnerait pas les Etats-Unis, nouvelles tensions sur les dettes souveraines européennes, en raison notamment de leur talon d’Achille – la Grèce), les investisseurs ont procédé à un repricing assez violent des anticipations relatives aux taux directeurs des banques centrales», explique Natixis.

Côté américain, le rendement des Treasuries est revenu à 2,21% sur la partie 10 ans et à 0,37% sur le 2 ans, et les contrats Fed funds ne tablent plus que sur une seule hausse de taux de 25 pb en 2015, alors que l’anticipation médiane du FOMC est de 1,375%. Dans ce contexte, «la Fed aura du mal à continuer d’ignorer cet écart lors de sa réunion d’octobre», estime SG CIB.

Les membres du FOMC ont paru désorientés, et la ligne de séparation entre «colombes» et «faucons» s'est brouillée. Eric Rosengren, président colombe de la Fed de Boston, a ainsi écarté la proposition faite par son homologue faucon James Bullard de la Fed de Saint Louis de décaler la fin du «tapering» face à la baisse inquiétante des anticipations d’inflation aux Etats-Unis. Plus tôt, John Williams, de la Fed de San Francisco avait même évoqué la possibilité de lancer un nouveau programme de rachats d’actifs («QE4»). De son côté, Janet Yellen, qui intervenait vendredi publiquement, n’a fait aucune mention de ces débats ni de la correction des marchés.

En Europe où le doute s’installe sur l’efficacité des mesures de la BCE malgré l’arme ultime d’un «QE» sur les dettes d’Etat réitérée par Benoît Cœuré, les débats sont également vifs. Le membre du directoire de la BCE a reconnu la faiblesse des derniers indicateurs économiques, et ajouté que la BCE procédera aux rachats d’ABS dans les prochains jours. Des rachats «sujets à caution s'ils impliquent un transfert des risques des banques vers le bilan de la banque centrale», selon le président de la Bundesbank, Jens Weidmann. Une opinion jugée «absurde» par Ewald Nowotny compte tenu de la faiblesse des ABS dans la taille du bilan de la BCE.

«Les pressions généralement subies par les spreads en fin d’année constituent comme toujours une sérieuse menace», alerte SG CIB. Le premier ministre grec s’est engagé à «éliminer le risque politique» en assurant qu’il n’y aura pas d’élections anticipées avant l’échéance de juin 2016, alors que le 10 ans grec effaçait vendredi 85 des 210 pb gagnés mercredi et jeudi. Les spreads espagnols et italiens contre le Bund allemand se détendaient pour revenir à 127 et 159 pb, à 8 et 16 pb de leurs niveaux de début de semaine dernière.

Repli des rendements périphériques après la correction. Illustration L’Agefi.
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Repli des rendements périphériques après la correction. Illustration L’Agefi.

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