L'Allemagne ne joue plus son rôle de moteur

le 15/10/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Paris a mis une pression supplémentaire pour activer le projet d'investissement européen.

Wolfgang SCHAUBLE, ministre des Finances allemand, a révisé hier à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Allemagne. © European Union EP

L’atonie de la croissance en zone euro et du commerce mondial affecte l’économie allemande. Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble (photo) a révisé hier à la baisse ses prévisions de croissance du pays à hauteur de 0,6 point pour 2014 et 0,7 point pour 2015. Berlin ne table ainsi plus que sur une hausse de l’activité de 1,2% cette année et 1,3% l’an prochain. Dans le cadre de son enquête mensuelle, qui a montré une détérioration de la confiance des investisseurs, l’institut ZEW a même évoqué une possible nouvelle contraction du PIB allemand au troisième trimestre.

L’indice ZEW a révélé hier une nouvelle chute de la confiance des investisseurs allemands en octobre, avec un indice de leurs anticipations sur les six prochains mois qui est passé en territoire négatif, à -3,6 contre +6,9 en septembre, pour la première fois depuis novembre 2012. Il s’agit du dixième mois consécutif de baisse de l’indice, alors que celui mesurant leur perception sur la situation actuelle a également chuté de 22,2 points pour tomber à +3,2, soit son plus faible niveau depuis juin 2010.

Outre les tensions géopolitiques ainsi que le rôle joué par la baisse du marché actions, l’enquête ZEW montre une inquiétude croissante concernant le risque lié à la détérioration de l’activité chez les partenaires de la zone euro. L’indice des anticipations de conjoncture pour la zone a ainsi reculé de 6 points à +4,1, avec notamment une chute de 13,6 points à -8,4 pour la France, et de 9 points à -2,9 pour l’Italie. Autre source de contagion, les anticipations d’inflation ont dévissé de 8,9 points à 22,2 pour l’Allemagne,et de 10,7 points à +14,9 pour la zone euro.

«Plus cette détérioration se prolonge, plus les risques pesant sur les perspectives d’investissement des entreprises et sur la consommation privée augmentent», estime HSBC. Après une croissance de 0,7% sur les trois premiers mois de l’année, le PIB allemand s'est ensuite contracté de 0,2%. «Nous ne pouvons pas exclure que le troisième trimestre entre en territoire négatif, mais nous n’attendons pas que cette récession se prolonge, principalement parce que les fondamentaux domestiques en Allemagne sont solides», a indiqué Clemens Fuest, chef économiste du ZEW.

Le ministre français des Finances français, Michel Sapin, a saisi la balle au bond pour mettre la pression sur son homologue allemand Wolfgang Schäuble qu’il rencontrera lundi prochain à Berlin afin de poursuivre les travaux sur la constitution d’un plan européen d’investissements d’un montant cible de 300 milliards d’euros. Les sources de financement de projets d’infrastructures public-privé restent encore à déterminer. Si Wolfgang Schäuble a d’ores et déjà rejeté le recours au Mécanisme européen de stabilité, il a en revanche évoqué un renforcement des fonds de la BEI.

«Le risque, c'est que ceci ait des effets en 2017 ou au-delà, or nous avons besoin d'effets favorables à la croissance dès 2015 et 2016», a ainsi indiqué Michel Sapin. Pourtant, le projet cadre pourrait ne pas être prêt avant décembre, selon Reuters. En outre, soutenu par les membres de sa coalition gouvernementale, Wolfgang Schäuble a répété lundi que l’Allemagne maintiendra un budget à l’équilibre l’an prochain.

Malgré les appels du FMI et du président de la BCE Mario Draghi, ces propos «illustrent la réticence allemande à utiliser une relance fiscale pour soutenir la croissance», selon RBS. Le pays a pourtant dégagé un excédent budgétaire de 16,1 milliards d’euros au premier semestre, soit 1,1% de son PIB.

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