La Russie brûle ses réserves de change pour freiner la chute du rouble

le 09/10/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré deux milliards de dollars de devises rachetés cette semaine par la banque centrale, le rouble accuse toujours une baisse de 18% depuis juin.

L’économie russe s’enfonce en plein marasme comme en témoigne la chute du rouble, que les 2 milliards de dollars d’interventions cumulées de la banque centrale (CBR) sur le marché des changes depuis le début de la semaine n’ont pas réussi à endiguer. L’autorité a également relevé la borne haute de la bande de fluctuation de la devise, à 5 kopeks.

A la date du 3 octobre, ses interventions répétées l’avaient déjà conduite à brûler 55 milliards de dollars de réserves de change depuis le début de l’année. A 456,8 milliards, elles sont tombées à leur plus faible niveau depuis quatre ans, alors qu’UralSib Capital estime que 30 milliards supplémentaires seront nécessaires d’ici à la fin de l’année pour endiguer la chute du rouble.

Si la devise n’a cédé que 0,6% depuis le début de la semaine contre dollar, sa chute atteint 11,2% sur les deux derniers mois et 18,5% depuis fin juin, pour tomber hier à un nouveau plus bas historique de 39,97. Contre euro, elle a chuté de 6% en un mois pour revenir à 0,7% de son plus historique atteint en mars. L’inflation s’est accélérée à 8% le mois dernier, avec une hausse des prix alimentaires de 11,4% après l’embargo imposé au pays sur les importations de ces produits et l’affaiblissement du rouble. La CBR estime que l’embargo aura un impact de 1,5 point sur le taux d’inflation d’ici à mi-2015, alors que l’effet taux de change sur les prix se concentrera sur le troisième mois et perdurera pendant deux trimestres.

L’inflation pourrait ainsi déraper à 8,5% fin 2014, selon Barclays. «La CBR a abandonné son objectif de ramener à tout prix l’inflation à 5% fin 2014, mais se concentre désormais sur son objectif de long terme de 4%», rappelle la banque. La hausse des tensions inflationnistes et la menace de récession en Russie mettent la CBR dans une situation d’autant plus délicate qu’elle joue sa crédibilité sur le maintien de son objectif de ciblage de l’inflation et d’un taux de change entièrement flexible d’ici à la fin de l’année. S&P attend une croissance du PIB russe de 0,3% cette année et 1,1% en 2015.

Dans ce contexte, Barclays anticipe un resserrement monétaire de 50 bp au d’ici à la fin de l’année pour porter les taux directeurs à 8,50%. «La promesse faite de lancer une facilité de dépôts en devises pour les banques pourrait servir de substitut à des taux directeurs pour le moment pour desserrer la pression sur le marché des changes», précise néanmoins ING.

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