L’expansion du bilan de la BCE débute mal

le 19/09/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La déception de la première TLTRO relance les attentes d'un recours à des rachats de dettes souveraines

La première TLTRO de la BCE n’a attiré qu’une demande de 82,6 milliards d’euros. © European Union EP

La BCE a-t-elle été trop ambitieuse? Sa première opération TLTRO de refinancement à quatre ans a attiré une demande limitée de 82,6 milliards d’euros hier provenant de 255 banques sur 382 éligibles. Un montant bien inférieur aux 133 milliards anticipés par le consensus qui jette un voile sur les 200 milliards supplémentaires anticipés pour la prochaine opération qui aura lieu le 11 décembre. Une participation de plus de 300 milliards sera ainsi nécessaire en décembre pour atteindre le montant cible maximum de 400 milliards fixé par la BCE pour les deux opérations.

UniCredit a souscrit aux TLTRO à hauteur de 7,75 milliards d’euros, Intesa Sanpaolo 4 milliards, Monte Paschi 3 milliards. Santander aurait pris 3,6 milliards, BBVA Banco Popular 2,85 milliards, Bankia 2,7 milliards et BBVA 2,6 milliards. Côté français, le Crédit Agricole a confirmé sa participation et aurait été accompagné par la Société Générale.

Théoriquement, sur le quota maximum de 400 milliards, les banques périphériques peuvent emprunter jusqu’à environ 160 milliards sur les deux premières opérations et les banques des pays cœur environ 240 milliards, estime ING.

Les prêts VLTRO qui arrivent à maturité fin février 2015 représentent un montant d’environ 340 milliards d’euros, dont environ 280 milliards sont détenus par les banques des principaux pays périphériques (Italie, Espagne, Portugal, Irlande, Grèce). Dans ce contexte, SG CIB anticipe qu’elles devraient souscrire à l’ensemble du quota de TLTRO dont elles disposent (160 milliards) sur l’ensemble des deux premières opérations, fixé à un maximum de 7% de leur stock de prêts, hors immobilier et souverains, à fin avril dernier. Pour les banques des pays cœur de la zone, la simple rotation de leurs VLTRO représente un montant de 60 milliards.

«La BCE devrait insister sur le fait que la demande pour l'opération de TLTRO de décembre sera plus importante, notamment parce que la revue des bilans bancaires sera passée et que l'incitation en termes de coût sera plus forte, au moins pour les banques périphériques qui transformeront leurs prêts de LTRO à 3 ans en nouveaux TLTRO à 4 ans», estime Frédérik Ducrozet, économiste chez CA CIB, qui s’attend à une demande de 200 milliards d'euros pour le TLTRO de décembre. Les résultats des AQR et des stress tests menés par la BCE seront publiés dans la deuxième quinzaine d’octobre.

ING note également que les banques pourraient attendre le résultat sur les détails des programmes de rachats d’ABS et de covered bonds, qui seront dévoilés début octobre par la BCE. Or, pour ces derniers outils, «le risque de déception lié à un démarrage poussif est également important», craint Frédérik Ducrozet. Ce qui jette un voile sur l’objectif de faire croître le bilan de la BCE de 1.000 milliards d’euros nets, dans le but de faire chuter l'euro et de renforcer l'inflation. SG CIB table sur une hausse nette du bilan de 450 milliards à l'issue de l'ensemble de ses opérations, ce qui renforce les attentes sur un lancement de rachats de dettes souveraines.

A court terme, avec un impact du TLTRO d’hier qui se fera sentir à partir de mercredi prochain, le montant des remboursements de LTRO à 3 ans dévoilé aujourd’hui déterminera le niveau exact de liquidités excédentaires de la BCE qui pourrait progresser à environ 150 milliards fin septembre, contre 93 milliards en fin de semaine dernière, selon Frédérik Ducrozet. Un niveau qui devrait faire chuter le taux Eonia entre - 5 et - 10 points de base.

A lire aussi