«Les spreads en zone euro devraient rester plus élevés qu’avant la crise»

le 15/09/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

René Defossez, stratégiste taux chez Natixis

- L'Agefi : La négativité des taux 2 ans peut-elle s’étendre à la partie 5 ans ?

- René Defossez : Sur la courbe allemande, les maturités inférieures ou égales à 3 ans ont des taux négatifs. Cette situation résulte de plusieurs facteurs : premièrement, une politique monétaire ultra accommodante (taux directeurs extrêmement bas, parfois négatifs), perspective d’un gonflement important du bilan de la BCE et communication qui annoncent sans ambiguïté que cette politique s’inscrit dans la durée ; deuxièmement, les anticipations d’inflation et de croissance revues en baisse ; enfin, l’environnement géopolitique dégradé. Pour que la courbe des taux s’enfonce davantage en territoire négatif, il suffirait que les anticipations déflationnistes se renforcent, et/ou que la BCE se lance dans une politique de «quantitative easing» à grande échelle.

- Les spreads des pays périphériques peuvent-ils revenir à leurs niveaux d’avant la crise ?

- Avant la crise, les spreads étaient très serrés en raison d’une mauvaise évaluation des «risques souverains», qui avaient virtuellement disparu dans les prix. Chez S&P, l’écart entre la pire et la meilleure note ne dépassait pas 5 crans. Aujourd’hui, il y a 3 fois plus de crans entre la meilleure et la moins bonne note. La réduction récente des spreads est essentiellement liée à la protection supposée des dettes périphériques par la BCE. Elle n’est guère imputable à l’amélioration de la solvabilité des pays les plus fragiles, puisque leurs ratios de dette, qui dépassent largement 100%, ne sont toujours pas stabilisés. Sauf à penser, donc, que la protection BCE entraînera de nouveaux «mispricings», les spreads devraient rester au moins cohérents avec les notes, et donc plus élevés qu’avant la crise.

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