L'Ukraine est prise dans l'engrenage du resserrement monétaire

le 21/08/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La chute de la hryvnia de 14% depuis juillet, à l'origine de la hausse de l'inflation à 12,6%, a contraint la banque centrale à relever ses taux

L’Ukraine poursuit sa politique désespérée de resserrement monétaire pour enrayer la chute libre de la hryvnia et calmer les tensions inflationnistes, malgré une économie en récession. La banque centrale (NBU) a relevé en début de semaine le taux des prêts au jour le jour garantis par des obligations souveraines ainsi que le taux au jour le jour de ses certificats de dépôts (CD) à hauteur de 250 points de base pour les porter à respectivement 17,50% et 7,50%. Une hausse de 50 pb a également été opérée sur les taux des CD de maturités comprises entre 7 et 45 jours, qui varient désormais entre 9,50% et 11,50%. Seul le taux à 3 mois a été maintenu à 12%.

Un revirement rendu nécessaire par le passage du cours de la hryvnia au-dessus du seuil symbolique de 13,0 contre dollar. Ces taux avaient en effet été abaissés en juillet après un premier relèvement de même ampleur un peu plus tôt. La semaine dernière, la présidente de la NBU, Valeria Gontareva, avait annoncé la mise en place de nouvelles mesures de contrôle des capitaux. «Avec environ 11,7 milliards d’hryvnia (680 millions d’euros) d’excédent de liquidités nettes dans le système bancaire, la NBU dispose de marge de manœuvre pour resserrer ses conditions de liquidités afin d’éviter des attaques spéculatives sur la hryvnia avant d’imposer de nouveaux contrôles sur les capitaux», estime ING.

Après une relative stabilité depuis mai, la devise a dévissé de 14% depuis mi-juillet pour atteindre 13,2975 hier, sur fond d’intensification des tensions sur son territoire. Depuis le début de l’année, sa dépréciation atteint plus de 61%, ce qui a entraîné une hausse de l’inflation à 12,6% en juillet. Elle pourrait même atteindre 17% en fin d’année, selon BNP Paribas. Les contrats forward anticipent même une nouvelle dépréciation de la hryvnia de 4,3% dans les trois prochains mois, alors que la volatilité implicite à 3 mois a progressé de 4 points en un mois pour atteindre 14,6%, le niveau le plus élevé au monde.

Or, les réserves de la NBU ont fondu d’un milliard de dollars en juillet pour tomber à 16,1 milliards, ce qui couvre à peine 2,5 mois d’importations de biens. BNP Paribas prévoit même qu’elles devraient à nouveau se contracter de 3,1 milliards, alors que le FMI ne débloquera la deuxième tranche d’aide de 1,5 milliard de dollars qu’à la fin du mois. De quoi «décourager la NBU de se lancer dans des interventions massives sur le marché des changes pour soutenir la devise».

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