Le Panel Taux peine à choisir dans l'arsenal de la BCE

le 05/05/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré l'accumulation de signaux inquiétants, la banque centrale devrait encore rester l'arme au pied

Mario Draghi, président de la BCE. © European Union 2014 EP

Tous les signes semblent converger vers une action prochaine de la BCE: persistance de la faiblesse de l’inflation en zone euro et de la force de la monnaie unique, mais aussi la réapparition de tensions croissantes sur le marché monétaire. Pourtant, le consensus anticipe que l'institution maintiendra sa politique monétaire intacte à l’issue de sa prochaine réunion qui se tiendra jeudi. Un statu quo qui devrait même se prolonger sur les six prochains mois, selon une grande majorité des économistes et gérants du Panel Agefi.

Sur les 21 panélistes, 18 anticipent un maintien des taux directeurs à 0,25% d’ici à fin octobre, sur fond d’amélioration de la conjoncture et de resserrement des spreads sur les parties longues. L’OAT française à 10 ans s’est enfoncée sous les 2%, à 1,92%, soit un spread avec le Bund allemand de 48 pb. Dans le même temps, le taux espagnol à 10 ans est passé sous le seuil des 3%. «Face à des marges de manœuvre assez faibles sur les taux et à la volonté d’éviter la mise en place de politiques non conventionnelles, la BCE a jusqu’ici choisi d’utiliser la forward guidance sur un éventuel QE», explique Natixis.

Mario Draghi a détaillé récemment le type d’outils mobilisables par la BCE en cas de durcissement des conditions monétaires (baisse des taux), de dysfonctionnement dans les mécanismes de transmission de la politique monétaire (rachats d’ABS ou nouveau LTRO ciblé) ou une détérioration des perspectives d’inflation à moyen terme (rachats d’actifs généralisés). CA CIB et Groupama AM sont les seuls établissements du Panel à voir la BCE réduire son taux de refinancement dans les trois prochains mois, et BNP Paribas à horizon six mois. La mise à jour des prévisions de croissance et d’inflation par la BCE en juin devrait s'avérer déterminante.

Depuis la dernière réunion d'avril, l’inflation a rebondi moins fortement que prévu à 0,7%. «Les chiffres d’inflation devraient ressortir en deçà des prévisions actuelles de la BCE», explique CA CIB. Sur le marché monétaire, après un pic de 47,5 pb mardi, l’Eonia reste supérieur de 15 au taux de refinancement. Si les tensions pourraient s’atténuer à court terme avec le rebond attendu de la liquidité excédentaire, tombée à 82 milliards d’euros, SG CIB estime que «les périodes de tensions devraient être de plus en plus fréquentes dans les mois à venir, et pourraient finir par se propager aux maturités plus lointaines via une hausse des primes de risque».

Sur le marché des changes, l’euro est remonté à 1,386 contre dollar, et affiche une hausse de 3% depuis février et de 8,5% depuis juillet 2013. Citigroup estime que les marchés sont déjà vendeurs nets d’euros, ce qui limite toute perspective de baisse de la devise. Dans ce contexte, «seule une action de la BCE pourra tirer l’euro à la baisse». Les panélistes anticipent en moyenne un retour de la parité à 1,35 dans trois mois, et 1,32 dans six mois, soit des baisses de 2,5% et 5%.

Dans un premier temps, des mesures conventionnelles «plus faciles et moins coûteuses à mettre en œuvre», comme une baisse des taux, une moindre stérilisation du SMP, et l’allocation illimitée de la liquidité jusqu'à fin 2015 pourraient ainsi être activées, selon Natixis. «Le moment de vérité pour l’éventuel lancement d’un QE arrivera après l’été, avec une inflation qui restera faible et la fin de l’AQR», la revue des bilans bancaires, ajoute CA CIB.

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