La France met le cap sur l'Afrique avec une longueur de retard sur la Chine

le 05/12/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rapport Védrine propose des financements innovants sur le continent, avec la création d'un fonds commun d'infrastructures entre la CDC et l'AFD

La France mise sur l'innovation pour rattraper son retard sur la Chine en Afrique. Le rapport commandé par Pierre Moscovici à Hubert Védrine et publié hier, propose notamment un rapprochement entre la CDC et l’Agence Française de Développement (AFD) pour créer un nouveau fonds de financement en fonds propres et dette mezzanine des infrastructures sur le continent.

Le recours au private equity en Afrique est encouragé, ainsi que la multiplication des acteurs de long terme tels que l’assurance vie, et le développement des marchés financiers. La titrisation des créances en infrastructures, ainsi que celles du portefeuille des banques de développement intervenant en Afrique est même évoquée comme «une piste prometteuse de financement».

«L’Afrique subsaharienne peut devenir le nouvel 'Eldorado' de la France», avec 200.000 emplois à la clé dans les cinq prochaines années, estime Hubert Védrine. Au niveau européen, l’ITF (Infrastructure Trust Fund), créé en 2007 et doté de 393 millions d’euros, «offre un réel effet de levier et l’accès à de nombreux projets d’infrastructures», ajoute le rapport qui souhaite un élargissement complémentaire des capacités d’intervention de la BEI.

Mais la Chine a déjà pris une longueur d’avance et affiche ses ambitions sur le continent, dont les besoins en infrastructures sont énormes. «Pour beaucoup d’entreprises chinoises, l’Afrique pourrait devenir la première destination étrangère en termes d’activités commerciales et d’investissements dans les deux prochaines décennies», indiquait le mois dernier Zhao Changhui, responsable de l’import-export chez Bank of China qui vient de financer un projet de construction ferroviaire de 4 milliards de dollars au Kenya. La part de marché de la Chine en Afrique est passée de moins de 2% en 1990 à plus de 16% en 2011, tandis que l’Inde, les Etats-Unis ou le Brésil, y ont également intensifié leur présence.

Pékin pourrait ainsi mobiliser quelque 1.000 milliards de dollars pour le financement de projets sur le continent. «Avec 3.500 milliards de dollars en réserves de change, la Chine ne devrait pas se limiter à investir dans les obligations du Trésor américain», ajoute Zhao Changhui. Le rapport Védrine reconnaît d’ailleurs que «la force des entreprises des pays émergents (Chine, Inde, Turquie) réside dans leur capacité à offrir des financements attractifs, pour des montants unitaires d’un milliard de dollars ou plus».

A lire aussi