Le Trésor américain pointe du doigt l’Allemagne et le Japon

le 04/11/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rapport semestriel sur les changes met en garde la BoJ contre un excès d'assouplissement et fustige les énormes excédents courants de l'Allemagne

Rarement suivi d’effets, le rapport semi-annuel du Trésor américain n’en constitue pas moins un bon baromètre du sentiment économique à Washington. La dernière livraison, datée du 30 octobre, consacre comme d’habitude un long passage à la sous-évaluation du renminbi tout en s’abstenant de conclure à la «manipulation» de la devise de la part de Pékin. Elle attaque surtout plus frontalement la politique monétaire du Japon et la responsabilité de l’Allemagne dans les déséquilibres macroéconomiques mondiaux.

La politique des «trois flèches» annoncée par Shinzo Abe, le gouverneur de la BoJ, prévoyant un assouplissement monétaire massif, figurait déjà dans les conclusions clés (key findings) du rapport d’avril. Mais le Trésor a affiné son propos. «Il est important que le Japon calibre le rythme de la consolidation budgétaire avec la reprise de la demande domestique et qu’il prenne des mesures ambitieuses et efficaces pour accroître la demande intérieure. La politique monétaire ne peut contrebalancer une consolidation budgétaire excessive ou servir de substitut à la réforme structurelle», indique-t-il dans son rapport d’octobre.

Pour Osamu Takashima, stratégiste chez Citi, cette analyse «montre une sensibilité surprenante à l’expansion du bilan de la BoJ dans le pays qui a inventé l’assouplissement quantitatif». Si la Banque du Japon annonçait un assouplissement supplémentaire pour contrer les effets de la hausse de TVA dans le pays, elle pourrait rencontrer davantage de résistance aux Etats-Unis, en déduit le stratégiste.

L’Allemagne, régulièrement pointée du doigt pour ses excédents, fait quant à elle son entrée dans le chapitre des «key findings». Le pays «a maintenu un excédent courant élevé durant toute la crise financière de la zone euro, et cet excédent a dépassé en 2012 celui de la Chine», note le rapport. Le Trésor met en parallèle les efforts consentis durant cette période par les pays périphériques de la zone euro pour réduire leur déficit courant.

«Le résultat, en net, a été la création d’un biais déflationniste pour la zone euro, ainsi que pour l’économie mondiale», fustige le Trésor américain. Des propos auxquels fait cruellement écho la publication le 31 octobre d’une inflation à 0,7% sur un an en zone euro.

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