La BCE devrait rester attentiste face à la désinflation

le 04/11/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'inflation est tombée à 0,7% en zone euro mais le Panel Agefi n'espère pas de baisse des taux ce jeudi

Les membres du Panel Agefi ne croient pas que la Banque centrale européenne (BCE) abaissera son taux directeur lors de la réunion de ce jeudi ni au cours des six prochains mois. Pourtant, l’appréciation du taux de change euro/dollar et la chute du taux d’inflation en zone euro en octobre à un niveau jamais vu depuis novembre 2009 rendent plausible un nouvel assouplissement monétaire dès le mois de décembre selon certains économistes, qui mettent en garde contre le risque de déflation dans la zone.

Comme le mois dernier, les membres du Panel Taux de L’Agefi, estiment que le taux directeur restera à 0,50% d’ici au mois d’avril prochain. Les analystes de Natixis sont toujours les seuls à parier sur une baisse de 25 points de base du taux qui n’a pas bougé depuis mai dernier.

L’inflation dans la zone euro pourrait changer la donne. Alors que pour s’assurer de la stabilité des prix, la BCE cherche à maintenir une inflation en dessous mais proche de 2% à moyen terme, l'indicateur est tombé au taux annuel de 0,7% en octobre, selon l’estimation publiée par Eurostat. Les économistes ont été surpris car ils tablaient sur une inflation équivalente à celle du mois de septembre, à 1,1%. Qui plus est, la faiblesse de l’inflation ne s’explique pas seulement par la baisse des prix de l’énergie, de l’alimentation, du tabac et de l’alcool. En dehors de ces composantes, l’inflation est de 0,8% contre 1% en septembre.

Déjà pressé de questions sur la faiblesse de l’inflation le mois dernier, le président de la BCE, Mario Draghi avait assuré qu’elle évoluait comme attendu. La banque centrale tablait en septembre sur une inflation évoluant entre 1,4 et 1,5% cette année et entre 0,7% et 1,9% l’année prochaine.

Pour l’économiste de JPMorgan, Greg Fuzesi, la BCE va, avant d’agir, attendre les données définitives sur l’inflation et les prochains indicateurs d’activité (PMI) mais il estime «qu’une baisse du refi (de 0,50% à 0,25%) devrait être décidée lors de la réunion de décembre prochain, avec les nouvelles prévisions de la banque».

Cette analyse est partagée par Ken Wattret, économiste chez BNP Paribas, qui a revu ses prévisions en faveur d'une baisse du refi en décembre. «L’expérience japonaise montre que des taux d’inflation très faibles laissent l’économie sujette à un épisode de déflation en cas de choc», écrit-il. Et d’ajouter que «lorsque l’inflation est proche de 1%, il est plus difficile pour les économies périphériques d’ajuster leur compétitivité sans risquer de tomber dans la déflation».

Ken Wattret estime aussi qu’une baisse du taux directeur serait justifiée au regard de «l’appréciation du taux de change qui conduit à un resserrement inapproprié des conditions financières et monétaires dans la zone euro». Mario Draghi a déjà fait valoir cette année qu’«une appréciation continue du taux de change peut modifier l’évaluation des risques pesant sur l’inflation». L’euro-dollar était encore à 1,359 vendredi, en baisse par rapport aux jours précédents, signe que le marché attend au moins des déclarations fortes ce jeudi, mais à un niveau élevé par rapport aux mois précédents.

«La seule chute de l’inflation ne devrait pas pousser la BCE à baisser les taux, à nos yeux», écrit cependant la recherche de Nordea, «de nouveaux indicateurs de faiblesse de l’activité économique sont nécessaires pour faire bouger la BCE. Quoi qu’il en soit, la pression sur la banque centrale augmente».

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