La BCE joue serré pour sa revue des banques

le 25/09/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La revue des actifs, avec Oliver Wyman, se fait en l'absence d'un fonds de recapitalisation unique

En mars 2009, le Trésor américain et la Fed avaient mis fin à six mois de dépression post-Lehman Brothers en organisant de main de maître leur communication autour des stress tests bancaires. Un exemple pour la BCE, qui publiera en 2014 sa première revue des actifs des banques soumises à la supervision européenne unique. La banque centrale s’est attaché hier les services d’un tiers indépendant, Oliver Wyman. Mais il lui manque encore un mécanisme de recapitalisation qui rassure les marchés, à l’image du Tarp américain en 2009.

Comment réagiront les investisseurs si la revue fait apparaître de gros besoins en fonds propres chez certaines banques et que celles-ci n’ont pas de plan de recapitalisation à présenter ? La question préoccupe les dirigeants européens, qui ont quelques mois pour trouver la parade.

Compte tenu des délais de mise en œuvre de la supervision unique, la BCE devrait publier le bilan de santé des grandes banques début 2014. «La BCE fournira, dans les prochaines semaines, plus d'informations sur le calendrier et la méthodologie de cet exercice», baptisé asset quality review (AQR), indiquait-elle hier dans un communiqué. L’Autorité bancaire européenne (EBA) mènera, quant à elle, un test centré sur la liquidité, alors que ses précédents «stress tests» ciblaient la solvabilité.

Il serait «utile d’avoir un filet de sécurité pour rassurer le marché au cas où quelque chose de vraiment important arriverait», a reconnu hier Klaus Regling, le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), devant le Parlement européen. «Il est très clair à ce stade que le MES ne serait pas capable de jouer ce rôle», a ajouté le dirigeant. Le pare-feu européen ne peut pour l’instant qu'aider les Etats à recapitaliser leurs banques, comme il l’a fait avec l’Espagne. En juin, un accord politique a été scellé pour permettre des recapitalisations directes par le MES, mais il doit encore se concrétiser par un changement de traité. De sources proches du dossier, une telle réforme pourrait attendre l’automne 2014, une fois la supervision bancaire totalement opérationnelle.

Devant les députés européens, lundi, Mario Draghi a placé chaque Etat devant ses responsabilités. «Pour que la revue de la qualité des actifs et que le stress test soient crédibles, nous devrons disposer de filets nationaux de sécurité en place», a indiqué le président de la BCE.

L'AQR est perçue comme la dernière chance de dissiper enfin les doutes des investisseurs sur la solidité des prêteurs européens, sans la complaisance éventuelle de superviseurs nationaux. Elle se focalisera sur les portefeuilles hérités de la crise (legacy assets) et sur les activités à problème, comme le financement maritime. L’exercice «sera positif pour les banques dans leur ensemble, mais isolera graduellement les institutions qui restent faibles et ne se sont pas restructurées, comme les banques italiennes et espagnoles de deuxième catégorie», souligne Alberto Gallo, stratégiste chez RBS. D’où les réflexions de la BCE sur le lancement d’une troisième injection de fonds à long terme (LTRO), dont les banques du Sud de l'Europe restent dépendantes.

Dans une étude publiée le 3 septembre, les analystes de Deutsche Bank évaluaient à 43,6 milliards d’euros les besoins en fonds propres des banques européennes qu’ils couvrent, dont 28 milliards déjà identifiés et 15,6 milliards mis au jour par l’AQR. Bank of Ireland, Banco Popolare, Raiffeisen ou encore MPS paraissent les plus fragiles.

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