La « grande rotation » des actifs prend corps

le 12/08/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le mouvement de bascule des obligations vers les actions s'est accéléré ces derniers mois

Le grand retour des actions

La grande réallocation  («great rotation») prédite dès octobre 2012 par les stratèges de BoA Merrill Lynch dans leur étude «The Bond Era Ends» est en train de prendre forme. Selon les statistiques hebdomadaires de Thomson Reuters Lipper, les investisseurs ont retiré 3,27 milliards de dollars des fonds investis en obligations du Trésor américain lors de la semaine achevée le 7 août. Il s’agit du montant le plus élevé jamais constaté par le cabinet d’études depuis 1992. Les investisseurs s’inquiètent du ralentissement à venir du programme de rachats d’actifs de la Réserve fédérale.

Ces ventes massives de Treasuries ont directement profité aux actions. Selon Lipper, 6,28 milliards de dollars ont ainsi afflué en une semaine dans les portefeuilles des gérants actions américains. Sur ce montant, un peu plus de 4 milliards sont allés dans des fonds investis sur des sociétés américaines. Et près de 2,2 milliards ont garni les fonds en actions non américaines. A elles seules, les gestions investies sur des actions européennes ont accaparé près d’un quart de cette somme, soit 580 millions de dollars. Il s’agit de leur sixième progression hebdomadaire consécutive, signe de la confiance croissante des investisseurs américains pour les groupes de la zone euro, et notamment ceux des pays du Sud, censés offrir le plus fort potentiel de rebond.

En analysant le comportement de ses clients en juillet, UBS a ainsi constaté le plus important afflux d’argent vers les actions italiennes et espagnoles depuis la désertion massive des investisseurs de ces marchés mi-2010. Pas étonnant que les indices des Bourses de Milan et de Madrid affichent une progression mensuelle de 8% chacune, 3 points de mieux que Londres ou Paris, 5 points de mieux que Francfort et 6 points de plus que le S&P 500.

Sensible depuis le début de l’année, la «grande rotation» s’est donc clairement amplifiée ces dernières semaines. Entre juin et juillet, selon les statistiques du cabinet ICI, les fonds américains investis en actions ont récolté un peu moins de 16,5 milliards de dollars, quand, dans le même temps, les gestions obligataires perdaient au total 82 milliards dollars. Conséquence, la balance annuelle s’est inversée entre les deux classes d’actifs. Depuis le 1er janvier, les fonds actions américains sont plus riches de 92 milliards de dollars, alors que les flux nets dépassent tout juste les 10 milliards de dollars pour les gestions obligataires.

Cette grande rotation commence à faire des dégâts dans l’industrie. Après un mauvais mois de juin, Pimco, le premier gérant obligataire mondial, aurait encore ainsi essuyé 7,3 milliards de dollars de retraits dans ses fonds obligataires américains en juillet, selon des chiffres de Morningstar. Ses fonds actions auraient en revanche grappillé 138 millions de dollars. Vendredi, le fonds souverain norvégien a pour sa part indiqué que les actions représentent à fin juin 63,4% de ses investissements totaux, un niveau record. Sa part en obligations est tombée à 35,7%.

A ce rythme, les fonds actions américains pourraient rééquilibrer la balance d'ici à quelques mois. Selon les chiffre de TrimTabs, ils ont perdu 122,6 milliards de dollars entre 2008 et fin 2012. Pour autant, même si la «grande rotation» commence à prendre tournure, ils auront du mal à rattraper les fonds obligataires. Ces derniers ont collecté, entre 2008 et 2012, 1.250 milliards de dollars.

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