La ruée du Japon vers l'euro se fait attendre

le 19/04/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les investisseurs nippons sont restés vendeurs nets d'obligations étrangères après les annonces de la BoJ

La ruée du Japon vers l'euro se fait attendre

Le mur d’argent japonais censé déferler sur les marchés mondiaux est porté disparu. En annonçant le 4 avril un programme d’assouplissement quantitatif massif, la Banque du Japon devait, selon les analystes, pousser les investisseurs nippons à acheter des actifs en devises étrangères. Cet élément avait même été avancé pour expliquer la chute des rendements de la dette souveraine en Europe. Les premières statistiques disponibles montrent qu’il n’en est rien: les Japonais sont restés vendeurs nets d’obligations étrangères.

Les données hebdomadaires du ministère japonais des Finances, publiées hier, étaient très attendues. Elles offrent un premier aperçu partiel des flux d’investissements qui ont suivi les annonces de la BoJ. Or, sur la semaine du 7 au 13 avril, les résidents japonais ont été vendeurs nets de bons et d’obligations étrangers, à hauteur de 332 milliards de yens. Cela avait déjà été le cas lors des semaines précédant l’annonce de la Banque du Japon. Les actions étrangères ont elles aussi enregistré des flux nets sortants.

La logique veut toujours qu’à moyen long terme, les investisseurs japonais acquièrent des titres en devises étrangères. En achetant massivement des emprunts d’Etat japonais, ce qui devrait faire baisser les rendements, la BoJ les poussera vers d’autres actifs. Mais l’ampleur du mouvement fait débat chez les professionnels des marchés.

«Les annonces de la BoJ vont retirer un énorme montant de duration sur le marché obligataire japonais, ce qui devrait pousser les investisseurs domestiques à acheter de la duration taux ailleurs dans le monde», estimait Michael Gavin, économiste chez Barclays, le 15 avril.

Mais l’analyste de la banque britannique ne croit pas à un déferlement de cash sur les marchés mondiaux. «La liquidité en yen ne peut pas simplement fuiter du marché domestique et créer un mur d’argent mondial, à moins qu’une banque centrale (la Banque du Japon ou une autre) décide d’internationaliser le choc monétaire en achetant les yens excédentaires et en émettant des devises étrangères en échange», explique Michael Gavin.

Les stratégistes de Morgan Stanley écartent eux aussi cette idée. Selon leurs estimations, les assureurs vie nippons pourraient augmenter leur allocation en actifs étrangers à hauteur de 60-100 milliards de dollars d’ici un ou deux ans. «Mais ces flux devraient être répartis en plusieurs devises, limitant l’impact net sur chaque classe d’actifs», dont les prix sont par ailleurs déterminés par de multiples facteurs. «Nous doutons qu’il soit possible d’établir une relation statistique significative entre les flux d’une catégorie d’investisseurs (ceux basés au Japon dans le cas présent) et la performance de n’importe quelle classe d’actifs taux», écrit Morgan Stanley dans une étude publiée le 17 avril.

Il faut donc pour l’instant chercher d’autres raisons à la faiblesse des taux souverains en Europe et à la forte demande des investisseurs, qui ont encore permis à l’Espagne de lever hier 4,7 milliards d’euros, au-delà de la fourchette visée, et à la France de se financer à 0,73% à 5 ans, un plancher historique. L’une d’elle tient à l’abondance actuelle des liquidités sur le marché souverain européen: sur la deuxième quinzaine d’avril, les tombées d’emprunts d’Etat et les paiements de coupons en zone euro approchent 100 milliards d’euros, selon SG CIB. De quoi soutenir les adjudications de nouveaux titres.

les Japonais sont restés vendeurs nets d’obligations étrangères. Illustration L'Agefi.
ZOOM
les Japonais sont restés vendeurs nets d’obligations étrangères. Illustration L'Agefi.

A lire aussi